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Le magazine culturel hebdomadaire d'ARTE - Tous les samedis à 14h45 (Rediff: Lundi à 1h15)

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Samedi 11 novembre 2006 à 0.55 - 10/11/06

L'artiste et écrivaine Unica Zürn

La Halle Saint-Pierre à Paris, présente, actuellement, l’exposition la plus complète jamais consacrée à l'artiste et écrivaine Unica Zürn, qui fut aussi la compagne de Hans Bellmer. Unica Zürn est l'auteur de peintures et dessins admirés par Henri Michaux et les surréalistes, et de textes autobiographiques publiés en France grâce à son amie, confidente et traductrice, Ruth Henry.

"Unica avait quelque chose qui est très, très rare, notamment chez les femmes, elle était d’une authenticité totale. Je dis toujours : Unica était une femme sans mise en scène. Elle n’a jamais joué de rôle. Elle est ce qu’elle a écrit, elle a écrit ce qu’elle était. Ça, c’est Unica, elle portait pas mal son nom , hein, parce qu’elle me semblait très unique dans son genre."
Ruth Henry, écrivain

Unica Zürn fut trois fois internée à Maison-Blanche. Vacances à Maison-Blanche réunit quelques-uns des textes écrits en allemand, sa langue d’origine, pendant ces séjours.


Comment pouvait-elle vivre avec un personnage comme Bellmer, qui avait la réputation de ne pas être facile du tout ?
"Il lui était nécessaire comme elle lui était nécessaire, ça c’est bien ma thèse. Tous les deux avaient des abîmes, chacun le sien, qui étaient presque d’ailleurs des dépressions, Bellmer aussi… Il n’était pas facile, mais elle s’est complètement vouée à lui dès le premier moment, c’était un coup de foudre à Berlin, où ils se sont rencontrés."

Il y a des photos terribles d’Unica totalement nue, ficelée, déformée…
« Elle a vécu avec un artiste, c’est jamais facile, croyez-moi, d’autant plus qu’elle est artiste elle-même, elle sait, ou bien elle est consentante, Unica n’était pas du tout opprimée, forcée, pour ça elle était d’une part trop intelligente, mais c’était dur et difficile, c’est sûr, parce que Bellmer était extrêmement sinistre, très renfermé… C’était ce que les Français appellent très bien un "couple maudit". Ils devaient être ensemble, et quand ça n’allait pas pour des raisons physiques : maladie extérieure, c’était la tragédie aussi.»

Est-ce qu’Unica Zürn avait déjà dessiné avant de rencontrer Bellmer ?
"Elle est autodidacte. Bellmer l’a énormément encouragée, bon, intensifiée. Moi, je crois que ses dessins ressemblent à ses hallucinations, à ses rêves aussi, et à des hallucinations qu’elle a aimées, parce qu’il y avait une partie de la folie qu’elle aimait, n’est-ce pas. Personne n’a vu ce qu’elle a vu et ce qu’elle a écrit d’ailleurs, peut-être aussi essayé de dessiner, je veux dire quand elle parle des anges, c’est complètement bouleversant, et j’ai jamais vu nulle part traduire, ça, en images, comme dans quelques phrases chez elle, peut-être dans quelques dessins, peut-être… Je crois que c’est surtout sa deuxième vie, cette vie de folie, qui est une autre poésie, qui fait la substance de son art.

Est-ce que ça a un côté automatique ?
"Certainement, certainement, c’était une expression d’elle-même, cet automatisme qui suivait tout son être, toute sa création, l’esprit, parce que tout vient de là, finalement.

Henri Michaux l’a beaucoup encouragée…

"Oui, Michaux était enthousiaste pour cette capacité de transmettre l’imaginaire, chose qu’il cherchait à obtenir, le don de transmettre, par la drogue, n’est-ce pas, et Unica tout à fait sans. Et je pense que ça l’a beaucoup fasciné. Mais en dehors du procédé, je pense que sincèrement, il aimait ce côté entièrement poétique de cette femme."

"Unica était… elle était poétique, son existence en elle-même était la poésie, on peut le dire en français sans que ça fasse du pathos, difficile en allemand, mais chez elle, c’était sa nature, et c’est peut-être pour ça aussi qu’elle frappe toujours…"

Entre les internements, la séparation des enfants, tout ça qui se termine par un suicide, c’est une vie terrible…
"Non, non, sauf la souffrance après les crises, ça, c’était toujours la souffrance. Non, elle a eu une très belle vie d’enfance, magnifique, elle glorifie son enfance partout, dans tous les écrits…"

"La deuxième partie de sa vie est devenue la partie la plus créative, la plus tragique aussi, donc elle a vécu ces chapitres de grande créativité, qui aussi étaient les chapitres de sa crise qui a éclaté, probablement c’était en elle depuis toujours…"

"Elle avait presque une adoration pour le gain par la folie. Ce qui était horrible, toujours, c’était ensuite la chute, et aussi la perte de force chaque fois, parce que ça descendait, naturellement. Ça vous mange quand vous donnez chaque fois entièrement votre être à un état extraordinaire, je suppose. Et elle savait qu’il allait y avoir une fin, d’ailleurs elle avait horreur de penser à la vieillesse, ça, dans nos conversations c’était très net, et je pense qu’elle a mis fin à sa vie, quand il n’y avait plus d’autre issue, quand il le fallait. Mais elle avait un courage incommensurable pour mener à bien ses plans de vie et d’œuvre les plus extrêmes, la preuve ! Son suicide, qui n’était nullement une action de catastrophe, mais vraiment un accomplissement, je dirais…"

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La Halle Saint Pierre
Du 25 septembre 2006 au 4 mars 2007
2, rue Ronsard - 75018 Paris
01 42 58 72 89
Ouvert tous les jours de 10h00 à 18h00

Sombre Printemps, qu'illustra à l'origine Bellmer, a été repris par le Serpent à plume
L’Homme Jasmin
collection l’Imaginaire, chez Gallimard
Souvenirs de Maison Blanche chez Joelle Losfeld
Les 8 volumes des Œuvres complètes d’Unica Zürn ont été publiées en Allemagne par Brinkman et Bose.
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Metropolis
Samedi 11 novembre 2006 à 0h55
Rediffusion le 12 novembre à 18h05
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Edité le : 10-11-06
Dernière mise à jour le : 10-11-06