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Das Letzte Lied, op. 41 (Real Media, 2'05")Il faut dire d’abord une chose : en confiant à Anna Radziejewska le soin d’enregistrer l’œuvre vocale de Karol Szymanowsky, la firme Dux a montré le sérieux de son entreprise. Rarement une voix a mieux collé au climat d’une musique et, au-delà de la rareté des enregistrements consacrée aux mélodies du compositeur polonais, c’est bien cette formidable identification qui frappe les esprits.
Anna Radziejewska, a qui l’on doit déjà un autre Szymanowsky, n’est pas encore une cantatrice célèbre, et ce malgré son succès d’estime dans le petit monde de l’opéra. Une moisson de prix internationaux entre 1996 et 2002, des engagements un peu partout en Europe, une technique impressionnante, voilà pour l’affiche. Mais dans ce disque à fleur de peau, c’est surtout la variété des climats qu’elle suscite et son sens du drame qui retiennent l’attention.
Nous voilà au passage ramené au compositeur. Car au-delà du jeu d’influence que ses premiers opus subissent – Scriabine et le post-romantisme allemand jusqu’en 1914, impressionnisme français dans les années qui suivent -, son écriture frappe par son originalité – et ce dès l’opus 5 — et sa puissance expressive.
Il ne faut pas s’attendre, en suivant le programme concocté par Anna Radziejewska, à naviguer sur les eaux tranquilles d’un grand lac Italien. Peu de soleil dans les premiers opus mais de grandes étendus glacés, et puis l’ombre de la nuit qui menace toujours et contre laquelle la voix semble protester. Il y a de la rage chez Karol Szymanowsky (op. 7), mais aussi une forme de résignation douloureuse que les notes égrenées du piano dans « Wschod slonca » (op. 32) annoncent à leur manière. S’il y a un héritage du romantisme, c’est bien dans cette errance douloureuse qui se poursuit de poèmes en poèmes et d’auteurs en auteurs (James Joice faisant ici exception).
On reste au demeurant fasciné par la progression dramatique de ces œuvres et par le choix judicieux des opus. On passera ainsi presque sans transition de l’ombre à la lumière, quittant grâce à James Joyce les figures de la douleur et de la mort pour quelque chose d’infiniment plus léger…
Reste à saluer le travail du pianiste Mariusz Rutkowski. Cela nous permet de revenir à l’essentiel : l’interprétation particulièrement remarquable qui nous est offerte. On aurait pu d’ailleurs en rester là…
Mathias Heizmann







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