ARTE auf Deutsch

Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité DVD > La France

Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

Actualité DVD - 18/06/08

La France

Un film de guerre au féminin, parcouru d’un réflexe insurrectionnel dont la candeur apparente est la marque de son intelligence et de sa fierté.




De Serge Bozon
(2007, France, 1h42)
Avec Sylvie Testud, Pascal Greggory, Guillaume Verdier, François Negret...


Un DVD Pélleas






A propos du film :


Interview de Serge Bozon

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Interview réalisée par Olivier Bombarda
Interview
de Sylvie Testud
Interview réalisée par Julien Welter
Interview
de Pascal Greggory
Interview réalisée par Julien Welter

Pour lire les vidéos,
téléchargez le lecteur Windows Media


Un extrait du film

Synopsis : 1917, en France, la guerre se poursuit. Camille (Sylvie Testud) reçoit des nouvelles de son mari, parti au front. Elles ne sont pas bonnes. Décidée à le retrouver, elle se travestit en garçon et tente de grossir les rangs d’une de ces unités en route vers le théâtre des opérations militaires. Son chemin croise celui des hommes du lieutenant Paulhan (Pascal Greggory). D’abord inquiétés par cette personne susceptible d’être un espion, ils finissent par accepter Camille dans la mesure où leurs préoccupations dépassent manifestement le cadre de cette présence inattendue. La jeune femme va en découvrir la raison, à mesure que l’unité arpente les terres froides, striées de tranchées désertes : le front se déplace, lui aussi.


Critique : C’est le plan d’une troupe prête à dévaler une colline qui ouvre le troisième long métrage de Serge Bozon, toujours scénarisé par Axelle Ropert. Cette troupe est constituée de femmes, des civiles, parties à l’assaut des nouvelles, celles du front où se trouve leur frère, leur époux ou leur fiancé. Une démarche originale dans le contexte du conflit de 14-18, mais qui ne relève certainement pas de l’esbroufe ou de l’obsession à fournir un contrepoint. Les soldats en mouvement que trouve Camille sur sa route sont bien des hommes, mais à leur tête se trouve un lieutenant qui n’a rien d’un matador, un militaire tout à la fois doux dans le paternalisme qu’il manifeste envers ses soldats, et peu sûr de lui dans sa façon d’appliquer le code de conduite militaire, de donner des ordres et de se confirmer à un plan de route. De la ligne d’horizon à la ligne de fuite, le front est proche mais garde ses distances, de même que les champs de bataille dans une guerre qui pourtant n’en manque pas. Le paysage lui-même est découpé par le cadre, jamais restitué sous forme de panorama, et la mesure des distances accomplies par les protagonistes, toujours à pied, devient rapidement floue, grâce à un montage plus preste et découpé que dans « Mods » (2002), un film axé davantage sur le surplace et la claustration.

Les rencontres sont rares, redoutées même, et la marche se révèle progressivement une dérive, entre la ballade rimbaldienne et macabre, « Le Septième sceau » d’Ingmar Bergman et les films de guerre américains sur le qui-vive, d’ « Aventures en Birmanie » de Raoul Walsh (sur la guerre du Pacifique) à « Baïonnette au canon » de Samuel Fuller (sur la guerre de Corée) en passant par « La Patrouille perdue » de John Ford (dans le désert de Mésopotamie, durant la première guerre mondiale). Les cavaliers allemands sont des silhouettes armées de lance, muettes mais pas nécessairement spectrales, et les militaires français ponctuent leur halte par des chansons inspirées de la pop 60’s anglaise, celle jouée par des musiciens souvent en bottines et chemise à jabot. L’idée fonctionne si on choisit de rappeler l’énergie ou la droiture inquiète de ces musiciens souvent mus par leur statut d’outsiders, « seuls contre le reste du monde ». Soudés comme un groupe de rock, côte à côte ou en colonne, ces militaires sont déphasés dans un espace souvent fragmenté (mais pas abstrait), un terrain vague où les masques tombent et les fantômes apparaissent (le lieutenant se nomme Paulhan, peut-être en hommage au critique Jean Paulhan qu’évoquait Serge Bozon à propos des films de Jacques Rivette, « Noroît » et « Duelle », peuplés de spectres). Dans cette France de sentinelles, de fugitifs et d’égarés, la musique est aussi un baume. Ce défi à la logique de l’affrontement est perdu d’avance mais tenté sabre (ou instrument) au clair. Les interludes musicaux participent d’une candeur insolente, finalement plus intelligente qu’un discours démagogique sur l’engagement, la résistance ou la rébellion. Cette disposition domine dans un final surprenant et lapidaire, comme elle surgissait dans celui d’« Etoile voilette », le premier film réalisé par Axelle Ropert, un autre film de groupe dans une France entre deux mondes.


Julien Welter

Les compléments du DVD :
- MODS le moyen métrage culte de Serge Bozon
- Un livret de 24 pages réunissant un article critique, des photos et des dessins inédits !

----------------
La France
De Serge Bozon
(2007, France, 1h42)
Avec Sylvie Testud, Pascal Greggory, Guillaume Verdier, François Negret…
Un DVD Pélleas
----------------

Edité le : 18-06-08
Dernière mise à jour le : 18-06-08