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Cannes 2007 - Compétition officielle - 11/09/08

Mogari No Mori

Un film de Naomi Kawase


Pour Naomi Kawase, le lien intergénérationnel conduit à une équipée en forêt aux limites du fantastique.

La Forêt de Mogari
(2007, Japon, 1h37)
Avec Shigeki Uda, Machiko Ono, Makiko Watanabe…

L'interview avec Naomie Kawase
Galerie photos


Synopsis : Shigeki vit dans une petite maison de retraite sous le regard bienveillant d’une aide-soignante, Machiko. Sans le savoir, tous deux partagent un lourd secret : la perte d’un être cher. A la suite d’un accident de voiture, Shigeki et Machiko se retrouvent seuls et désemparés. Lorsque le vieil homme s’enfonce dans la forêt voisine, Machiko n’a d’autre choix que de le suivre. C’est là, au cœur de cette nature protectrice, qu’ils vont à nouveau se sentir vivants…

Critique : Elevée par sa grand-mère, ce qu’elle évoquait conjointement à la naissance de son fils dans son film précédent « Tarachime » en 2006 à la faveur d’un va-et-vient générationnel saisissant, Naomi Kawase a toujours privilégié dans son cinéma une approche douce d’une histoire plutôt dure, où la violence n’est pas forcément écartée, quand bien même elle n’est est pas dramatisée à outrance, et où les scènes possiblement comiques ou légères sont parfois plus inquiétantes que les franches scènes d’altercation. Le mystère de cette forêt de Mogari tient ici au comportement de Shigeki, qui semble soudain redevenir un enfant, se cache derrière un épouvantail, court après sa jeunesse tout en prenant systématiquement la mouche, tel un vieil acariâtre et sans qu’on en sache initialement la raison.

Etablie dans la ville de Nara et attachée aux rituels, qu’ils soient quotidiens, domestiques, mortuaires ou bouddhistes, Naomi Kawase a l’art de nous plonger dans un univers clos et humble en évitant l’écueil de la tristesse ou de l’anonymat. De la séance de calligraphie à la prise des repas en passant par les promenades des pensionnaires du service de gériatrie, elle impose un ton original rapporté à des thèmes pourtant solennels : le respect aux grands-parents, la nécessité de ne pas rester seul avec sa souffrance et la tentative, parfois hasardeuse et chaotique, d’une rencontre ou d’une réconciliation entre les générations. Non pour révéler un esprit réactionnaire, mais au contraire pour mieux faire sortir son film d’une piste trop balisée. Dans ce Japon calme et provincial, aux forêts touffues, la durée s’allonge, le temps est suspendu, les repères s’évanouissent, balayés par l’accident, le surgissement du fantastique et le bruissement de la végétation.

Etude de portrait atypique portée par le personnage fort de Shigeki, qui enseigne à sa manière à Machiko les rites capables de la conduire à endurer et accepter à son tour le deuil au cours des années à venir, le film se transforme en étrange « survival ». Eprouvante, la randonnée est ponctuée par les considérations arbitraires et mémorables du vieil homme : « l’eau qui coule de la rivière ne revient jamais à sa source », explique-t-il à la jeune soignante pour légitimer - au mieux - sa résolution téméraire à s’enfoncer dans les bois. Spectaculaire, le décor naturel est essentiel à la création, entre intuition et sensibilité, d’un cinéma aussi attachant qu’il demeure sur le fil.

Julien Welter

Edité le : 27-05-07
Dernière mise à jour le : 11-09-08