Né à Tunis en 1946, Claude Duty s’installe en France à la fin des années 50. Il s’intéresse très tôt au cinéma, tourne des films de famille en super 8 puis en 16 mm au sein du ciné-club de son lycée. Après une formation en arts plastiques, il travaille comme graphiste dans la publicité et consacre tout son temps libre et ses économies à la réalisation de courts métrages. Duty fait des films en « amateur éclairé » s’entourant de professionnels, pour la plupart des amis qui embarquent volontiers sur son navire au hasard des voyages et des opportunités. En 1978, La religieuse de Diderot est proposé à quelques festivals ; il est largement sélectionné et plusieurs fois primé.
Pour Claude Duty, c’est le début de la reconnaissance publique et festivalière qui ne cessera depuis, l’imposant désormais comme une figure incontournable du court métrage français. En 1996, Olivier Asayas lui propose de réaliser la séquence finale d’Irma Vep. Les nombreuses heures passées à gratter la pellicule lui ouvrent ses droits à l’intermittence. Claude Duty devient réalisateur à plein temps, continuant d’explorer différentes techniques cinématographiques (fiction, animation, expérimental...).
En 2002, il réalise son premier long métrage Filles perdues, cheveux gras, suivi, un an plus tard, de Bienvenue au gîte.Claude Duty travaille actuellement sur deux longs métrages, un documentaire et un court métrage expérimental.
- Filmographie
Courts métrages, grattages, rayures et autres poussières : une filmographie établie et commentée par Claude Duty.
1974 - Le courant d'air (16mm, 4min30s)
Mon tout premier film réalisé “sérieusement”: scénario écrit, story board, 16mm, équipe d’amis et de copains motivés et avec à la clé un tout premier prix reçu au festival de films amateurs à Wattrelos... étonnement et fierté.
1976 - Les contes du noyé bague (16 mm, 27 min)
Une “superproduction” totalement auto-produite entre amateurisme et professionnalisme. Un avant-goût des Enervés de Jumièges.
1978 - La religieuse de Diderot (16 mm, 1 min)
Le premier film que j’ai osé envoyer dans de grands festivals. À mon grand étonnement, il reçoit des prix ! C’est le déclic.
Rêves de vaches (16 mm, 2 min30s)Mon premier contact avec Canal + ; ce sont les seuls qui se sont intéressés à ce film OVNI.
1979 - Mode d’emploi (16 mm, 3 min)
Réalisé sur une bande Super 8, gonflée en 16 mm puis en 35 mm en raison de son succès dans les festivals. Première sélection cannoise.
1980 - J’en bave (16 mm, 6 min)
Un film très simple fait uniquement de champs / contrechamps. On y voit tous mes fidèles complices qui m’ont toujours soutenu.
1981- Observation de l’hématozoaire de Laveran (16 mm, 2 min)
Mon deuxième grattage sur pellicule. Il a voyagé dans plusieurs pays grâce à Dominique Noguez qui l’a beaucoup défendu. Plus tard sa réputation m’a permis de faire la séquence finale d’Irma Vep d’Olivier Assayas.
1982 - Poppée (16 mm, 10 min)
Mon film le plus “expérimental” et le moins vu !
1984 - Intra-muros (16 mm, 10 min)
Le film a fait très peu de festivals, bien sûr c’est un peu mon chouchou. L’idée reste toujours selon moi à développer dans un film plus long.
1985 - Cache-watch (vidéo, 6X30s)
Mon tout premier essai de série que j’espérais vendre à Canal... Canal n’en voulut pas et ces 6 pilotes sont restés inédits.
1986 - Les énervés de Jumièges (35 mm, scope, 20 min)
Ma rencontre avec Jacques Rouxelle et Marcelle Ponti mes premiers “vrais” producteurs. C’est mon premier film en 35 mm avec ma première aide du CNC. Tournage épique et très aquatique. Devenu film culte, Il reste mon film préféré.
1988 - Mourir en Macédoine (35mm, 4 min)Mon court métrage le plus connu. Tourné dans ma cuisine sous l’œil vigilant de Guy Jacques qui a guidé mes premiers pas d’animateur.
1990 - Dialogues givrés (vidéo, 13X35 sec)
Série réalisée à Bobigny dans le studio de Guy Jacques.
Ménage à froid (35 mm, 4 min 30s)
Une version cinéma des Dialogues givrés mais j’ai sacrifié certains épisodes. Un beau succès en festival
1991 - Passera-t-il ? (35 mm, 10 min)
Mon premier film avec dialogues et acteurs connus (Marie Bunel et Maxime Leroux). Un concept entre Duras et Tex Avery !
1992 - Retour de bâton (35 mm, 7 min)
Avec ce film j’aurais aimé aller plus loin dans la pixillation mais hélas cela n’a pas été possible. Il a toutefois très bien marché.
1995 - La pucelle des zincs (35 mm, scope, 20 min)
Tentative de comédie musicale réalisée avec Alain Ade qui a écrit toutes les paroles des chansons. Mon court métrage le plus cher. Beau succès.
Pierres & Claude (35 mm, 12 min)
Filmé sur 7 mois. Le type de “travail” que j’adore entre expérimental et animation. Il a provoqué un petit chahut à Clermont mais y a aussi trouvé de fervents défenseurs. C’est d’ailleurs mon film qui a le plus d’admirateurs passionnés.
Stigmates (co-réalisation : Jean-Louis Gonnnet, 35 mm, 28 min)
Mon film le plus “sérieux”, co-réalisé avec Jean-Louis Gonnet. Au départ nous voulions faire un documentaire sur les stigmatisés, c’est devenu, après mûres réflexions, un film de fiction. Le documentaire reste à faire.
1996 - Irma Vep (réalisation de grattage sur pellicule de la séquence finale du film d’Olivier Assayas, 35 mm, 5 min)Grâce aux longues heures de grattage sur pellicule effectuées sur ce film j’obtiens le statut d’intermittent du spectacle et deviens réalisateur à plein temps!
1997 - Rupture imposée (vidéo, 4 min 30s)
Film destiné uniquement à la télé. Il n’a pratiquement pas été montré car des deux “ruptures” c’est celle de fin d’été qui a le mieux marché.
Rupture de fin d’été (vidéo, 4 min 30s)
Fait le pendant à “Rupture imposée”. C’est un de mes courts métrages préféré, surtout grâce au truquage final... un vieux fantasme.
Poids et moi (35 mm, 6 min)
Mon film le plus radical et conceptuel : 2 valeurs de plans, un seul axe et des acteurs tronqués. C’est ce que j’aime.
1999 - En plein dans la cuisse (vidéo, 16 min 17s)
Tourné volontairement en caméra DV. Un faux documentaire comme je les adore entre BD et canular. Le film n’a hélas pas trop circulé pourtant c’est tout à fait mon humour !!!!
2000 - Le goût du couscous (vidéo, 11 min)
Fait à partir des très nombreux “bloc-notes” que je tourne quotidiennement avec ma petite caméra vidéo. C’est une totale fiction pourtant beaucoup de personnes veulent y voir des références à la réalité, sans doute parce que si l’on est observateur on y reconnaît beaucoup de visages connus.
2002 - Filles perdues cheveux gras (35 mm, 95 min)
2003 - Bienvenue au gîte (35 mm, scope, 105 min)
- Entretien avec Claude Duty
La découverte du cinéma à Tunis...
J’ai commencé très tôt à m’intéresser au cinéma. Au départ, je m’amusais à découper des comic-strips dans les quotidiens pour faire des flip-books et je bricolais des petits cinémas avec des boîtes à chaussures, du papier et de la colle. Je jouais aussi avec mon frère à simuler des tournages avec des fausses caméras fabriquées avec du carton, avec des rouleaux pour objectifs. Nous avions aussi un petit cinéma à manivelle… mon frère et moi louions des films à Tunis et organisions des projections sur la véranda de la maison. Nous annoncions quel film allait passer... et nous faisions payer les places !
Les home movies...Beaucoup plus tardivement, lorsque j’avais 15/16 ans, mon oncle m’a offert une caméra 8 mm qu’il n’utilisait plus. C’est avec cette caméra que j’ai commencé à tourner des films familiaux. Et puis j’ai rapidement essayé de raconter des histoires en mélangeant plusieurs films de famille et en y incorporant des petits morceaux de fiction. Au final, ça donnait lieu à des scénarios assez incohérents mais qui m’amenaient toujours quelque part.
Je faisais vraiment ça pour m’amuser et je n’envisageais pas du tout de faire du cinéma mon métier. Je fais partie d’une génération où il n’y avait pas de classes d’art au lycée et d’un milieu où on ne savait même pas que l’IDHEC existait. Le cinéma faisait partie d’une espèce de mythe, complètement inconnu de ma famille et du milieu dans lequel j’ai grandi.
Le ciné-club à RouenJ’ai eu la chance en arrivant en France, en 1959, de rentrer en sixième au lycée Corneille à Rouen. Il y avait un ciné-club dans ce lycée et nous avions un professeur très dynamique qui encadrait les adolescents désireux de faire des films en 16 mm. C’est ainsi que j’ai pu avoir un contact plus sérieux avec le cinéma et que j’ai commencé à écrire de vrais scénarios ...
Le cinéma en amateur éclairé...
J’ai vraiment commencé à faire des films en 1974, à la sortie du lycée. Je m’étais lié d’amitié avec de jeunes réalisateurs qui m’avaient encouragé à réaliser moi-même. Puis, à l’heure des choix universitaires et professionnels, je me suis orienté vers le graphisme et les arts plastiques, et j’ai intégré le monde de la publicité tout en continuant à faire des films pendant mon temps libre. Je faisais des films pour le plaisir et j’y consacrais tout mon argent, car le 16 mm coûtait cher ! Il m’arrivait souvent de faire l’aller-retour à Paris dans la soirée, pour mixer certains films avec l’aide de quelques amis qui travaillaient dans la profession et qui avaient accès à du matériel spécialisé. Il fallait une foi énorme et une grande passion !
Le premier film envoyé dans les festivals et primé : La religieuse de DiderotNous avions décidé avec des amis, un peu par bravade et pour rigoler, de faire un film clin d’œil, un peu potache, La religieuse de Diderot. Nous l’avons envoyé dans des festivals pour rire et il s’est avéré qu’il a été primé à Lille, qui était l’équivalent de Clermont-Ferrand à l’époque. Ça nous a un peu subjugués !
Après La religieuse de Diderot, j’ai réalisé d’autres films qui ont eux aussi été sélectionnés dans des festivals : Lille, Chamrousse, et même Cannes. Mais c’était toujours des films faits avec ma petite équipe d’amis, en 16mm, avec très peu de moyens. C’est ainsi que, petit à petit, je me suis installé dans le milieu du court métrage.
Et puis, à partir de 1983, j’ai commencé à animer des débats au festival de Clermont-Ferrand... et je n’ai jamais arrêté depuis! Je suis devenu « l’homme des débats », l’« animateur quasi-officiel » de ce festival. Je suis très fidèle à ce festival car j’ai un peu « grandi » avec lui. Clermont a été très simulant, ça ma toujours donné envie de faire des films.
Premier film produit : Les énervés de Jumiège
Mon professionnalisme est venu avec Les énervés de Jumiège pour lequel j’ai enfin travaillé avec des producteurs professionnels : Jacques Rouxelle et Marcelle Ponti de 3 A Production.Le fait d’avoir des producteurs m’a permis de m’installer dans une économie un peu moins sauvage et j’ai surtout pu passer au 35 mm. Pour un réalisateur, c’est un peu le bâton de maréchal !
Pour Les énervés de Jumiège, j’ai utilisé le scope car je trouvais que c’était un format idéal pour un film qui raconte l’histoire de deux princes mérovingiens allongés sur un lit. C’est un film merveilleusement horizontal !
Le tournage a été très dur, à la fois psychologiquement et géographiquement car nous étions tout le temps sur l’eau, dans les marais, à l’embouchure de la Seine. Mais le résultat et l’accueil ont été très réconfortants et m’ont encouragé à persister à faire des films.
Deux vies en parallèle…J’ai cependant continué à travailler comme graphiste car je ne m’imaginais pas du tout « intermittent », j’étais un peu « embourgeoisé » avec mes 8 heures de travail par jour ! J’ai vécu très longtemps avec ces deux vies en parallèle.
Étant donné que je m’adaptais à mes moyens et à mon planning, mes films épousaient cette économie et ils étaient de ce fait assez atypiques, avec un côté très conceptuel. Je crois que c’est un peu pour cela qu’ils ont toujours été à part et remarqués dans les festivals.
J’avais la mentalité des gens qui travaillent dans l’animation, des gens qui font des films qui obéissent à leurs propres règles. J’aimais beaucoup le jeu qui consistait à organiser un film à l’intérieur d’un format défini. Lorsque vous faites du graphisme, vous savez que vous avez une surface prédéfinie dans laquelle vous devez créer un univers. Pour moi le court métrage c’est la même chose : vous disposez de peu de temps et vous devez créer quelque chose. J’aime beaucoup ça et c’est aussi pour ça que le long ne s’imposait pas à moi.
Le premier long : Filles perdues, cheveux gras
Étant donné mon mode de vie, le long m’a toujours paru inaccessible. Il était inconcevable que je fasse du long car il aurait fallu que je plaque tout et je n’étais pas prêt à abandonner mon métier. Et puis, je n’ai jamais fait des films avec la préoccupation de faire des longs métrages.Je pense que je voulais « rentrer » dans le long métrage comme je suis « rentré » dans le court, sans m’en douter. Et il se trouve que j’ai fait mon premier long de cette façon, un peu par hasard, après une rencontre avec Cédric Klapisch et son associé.
Aujourd’hui, même si j’ai réalisé deux longs métrages et que je travaille sur deux autres, j’aime toujours autant le court métrage et je pense que je continuerais à faire des courts en parallèle.
Je travaille en ce moment sur un documentaire que j’ai commencé en m’amusant et qui commence à devenir officiel car des chaînes de télévision s’y intéressent. Je prépare aussi un film en grattage sur pellicule mais pour l’instant, je le fais en dilettante, sans savoir s’il va aboutir à quelque chose. C’est vrai qu’il est impossible de procéder de cette façon pour le long métrage, on ne peut pas commencer un long sur un coup de cœur, un engouement, dans sa cuisine avec quatre tomates sans savoir vraiment où l’on va !
Propos recueillis par Amaury Voslion. Court-circuit – décembre 2005.
À voir
La quasi-totalité des courts métrages de Claude Duty édités en DVD par Cinémalta.
- À consulter
Le site de Claude Duty
Claude Duty par Jacques Kermabon sur le site de Paris tout Court









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