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Vendredi 28 juillet 2006 à 14.30 - 24/07/06

Les documents interdits

À l’occasion de la sortie en DVD des épisodes de la série Les documents interdits, retour sur les films de Jean-Teddy Filipppe, qui flirtent avec le fantastique en mettant en scène images et commentaire en voix off, pour créer l’illusion d’un documentaire relatant des faits étranges quelque part dans le monde.

En 1989, la télévision française diffuse une série de documentaires intitulée Les documents interdits, présentée comme une collection de documents amateurs filmés aux quatre coins du monde et rassemblés par un certain Jean-Teddy Filippe.

Tous ces documents, à l’image tremblante des films amateurs, semblent avoir capté par hasard un événement paranormal ou un passage vers un monde parallèle.
Tout est fait pour que le spectateur croie à l’authenticité de ces documents pourtant entièrement mis en scène par Jean-Teddy Filippe.


  • Les 12 films de la collection Les documents interdits

Épisode 1 - Le naufragé (7 min)
Le journal de bord du seul rescapé du naufrage du Véga, témoin d’un phénomène surnaturel.
Épisode 2 : Le pique-nique (5 min)
Le seul film amateur sur l’événement de Roaxaca Zone.
Épisode 3 : Les fantômes (8 min 33)
Jusqu’au territoire de « ceux que l’on ne nomme pas ».
Épisode 4 : Les plongeurs (4 min 23)
Une indiscrétion d'ambassade lève le voile sur une terrifiante réalité.
Épisode 5 : La sorcière (5 min)
La reconstitution partielle d’un mystérieux événement.
Épisode 6 : Le soldat (3 min 59)
Sicile, un jour de Juillet 1943 …
Épisode 7 : Le fou du carrefour (8 min 25)
Le document que Tibor Nagy jura avoir filmé, lors de son enlèvement par un vaisseau extra-terrestre.
Épisode 8 - L’enfant. (6 min 55)
L’étrange vie de Peter, vue à travers les documents filmés par son père...
Épisode 9 : Les Crown filment les Young (9 min 43)
Une longue vie d’archives … le quartier, le voisin, son meurtre …
Épisode 10 : L’extra-terrestre. (6 min 11)
Le secret sur l’échange de Takohamo.
Épisode 11 : Le cas Ferguson. (13 min 22)
La dernière nuit d’une des équipes du « At Once ».
Épisode 12 : La Sibérie. (9 min 28)
… à propos de quelques oubliés de la guerre froide.


Les documents interdits sont des films détournés mais ils ne sont pourtant pas parodiques et ne font pas vraiment rire. Ce sont plutôt des films réellement inquiétants, parmi les plus réussis de ces quinze dernières années.

Pour évoquer, même brièvement, l’étrangeté de ces Documents interdits, commençons par une comparaison. En 1999, soit dix ans après Les documents interdits, sortait un film d’épouvante devenu aujourd’hui célèbre : Le projet Blair Witch. On ne sait pas si les deux réalisateurs Daniel Myrick et Eduardo Sanchez connaissaient la série de Jean-Teddy Filippe, mais le principe de leur film est en tous les cas particulièrement proche des Documents interdits.

Dans Le projet Blair Witch, trois jeunes étudiants partent réaliser un documentaire dans une forêt du Maryland prétendument hantée par une sorcière. Comme Les documents interdits, Le projet Blair Witch fonctionne sur un fantastique suggéré, aucun monstre n’apparaissant à l’écran et aucune explication n’étant finalement donnée au spectateur. Le projet Blair Witch part lui aussi du principe qu’il faut de nos jours trouver de nouvelles formes esthétiques et narratives pour provoquer la peur, des formes plus chaotiques, plus imprévisibles, des formes proches du documentaire.

Mais si Le projet Blair Witch et Les documents interdits reposent sur le même principe, il subsiste une différence de taille. Le projet Blair Witch cherche en effet à plonger le spectateur, pour de vrai, dans un film d’épouvante, l’obligeant à s’identifier, de force, au point de vue des victimes.

Rien de tout cela dans Les documents interdits. Le projet Blair Witch joue sur l’identification forcée, Les documents interdits jouent au contraire sur une évidente distanciation. Car il y a un élément esthétique et narratif qui fait la spécificité des Documents interdits et qui change tout : le commentaire, la voix-off.
Prenons un exemple symptomatique : le commentaire du Document interdit numéro 1, Les plongeurs.

La première chose à remarquer est évidente : il n’y a pas qu’une voix, il y en a deux, le commentaire original et sa traduction. De plus, les noms propres sont bipés.
Le document n’est pas diffusé tel qu’il a été découvert. Il nous est présenté avec du recul après avoir été soigneusement analysé par des experts, puis commenté, puis traduit et enfin censuré.

Deuxième point : le ton du commentaire. La voix est en continu, elle semble omettre les ponctuations, ne jamais reprendre véritablement son souffle. Cette voix monocorde, ce ton quelque peu immuable sont en contradiction avec l’aspect chaotique de l’image. D’un côté une image faite de brusques coupes de montage, de trous, de béances difficilement compréhensibles et de l’autre côté un commentaire récité d’un trait, en ligne droite. Bref, le commentaire semble vouloir relier une image pourtant radicalement déliée, presque en lambeaux.
Quelque chose, déjà, semble s’être déréglé entre l’image et le son.

Creusons un peu plus ce rapport conflictuel entre le son et l’image, puisqu’il est, pour nous, au cœur de l’étrangeté de la série.
Prenons un nouvel exemple issu d’un autre film de la série : Le naufragé.
Dans les premières minutes du film, la voix-off décrit et même redouble l’image. Mais, quelques minutes plus tard, tout se complique.

« Faites très attention à ce qui va se passer », « tout va aller très vite » Tous les Documents interdits contiennent ces phrases annonciatrices d’un mystérieux événement qui va, très bientôt, arriver. La voix-off a donc de l’avance, elle sait ce que nous ne savons pas encore. Mais problème : lorsque l’événement annoncé se produit, il n’a objectivement pas grand chose de mystérieux. C’est alors à nous, spectateur, de nous débrouiller avec cette contradiction.

Ce décalage entre l’image et le son pourrait engendrer une distanciation comique. Mais pour nous, elle provoque exactement l’inverse : une inquiétude encore plus grande. Car ces effets d’annonce nous obligent à regarder l’image différemment, à la scruter de façon quasiment paranoïaque à la recherche d’un indice, pour tenter de faire dire à l’image ce qu’a priori, elle ne contient pas. Le commentaire agit donc comme une contagion, il oriente notre regard, nous oblige à transformer la réalité jusqu’à créer de toutes pièces une impression de fantastique.

Les documents interditsCar dans les Documents interdits, le fantastique ne vient pas du document lui-même, mais plutôt du regard de celui qui l’observe.

Luc Lagier pour Court-circuit (le magazine), juin 2006.


  • À voir

Les 12 films de la série Les documents interdits édités en DVD par Cinémalta dès août 2006.

 Le projet Blair Witch Le projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez accompagné du film Terror Tract de Lance W. Dreesen et Clint Hutchison édités en DVD par Aventi.


  • À consulter

À propos des Documents interdits :

Le site « officieux » de la série

D’autres faux documentaires :

Opération lune de William Karel
C’est arrivé près de chez vous de B. Poelvoorde, R. Belvaux et A. Bonzel
Forgotten Silver de Peter Jackson
Punishment Park de Peter Watkins
Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato
Fubar de Michael Dowse
This is Spinal Tap de Rob Reiner
Hard Core Logo de Bruce Mc Donald
Forgotten Silver de Costa Botes et Peter Jackson
Zelig de Woody Allen

Edité le : 17-07-06
Dernière mise à jour le : 24-07-06