De Valerio Zurlini(Italie, 1960, 1h56)
Avec Claudia Cardinale, Jacques Perrin, Gian Maria Volonte…
Un DVD MK2 Vidéo
Synopsis : En Italie, au début des années 1960. Abandonnée par son prétendant le riche Marcello, Aida (Claudia Cardinale), une provinciale que les hommes n’ont pas épargnée, rencontre Lorenzo (Jacques Perrin), un adolescent. Envoyé par Marcello, son frère, afin de chasser l’importune, Lorenzo s’éprend vite de cette danseuse à la plastique remarquable et voudrait la protéger…
Critique : Chaotique et écourtée, la carrière de Valerio Zurlini ne compte tout au plus que huit films, exception faite de ses documentaires. Malgré la renommée de « La Fille à la valise », de « Journal intime » avec Marcello Mastroianni et, dans une moindre mesure, du désabusé « Le Professeur » avec Alain Delon, il est pratiquement impossible de voir certaines de ses œuvres, curieuses et hors normes, comme « Black Jesus » (1968), un film de genre interprété par le comédien américain Woody Strode. Pourtant « La Fille à la valise » témoigne déjà d’une volonté de ne pas suivre le chemin tout tracé d’un cinéma italien conjuguant pourtant à merveille formes savantes (le graphisme, l’ellipse) et formes populaires (l’assise sociale et le regard photogénique sur l’Italie contemporaine, comme chez Dino Risi). Curieusement construit, le film déjoue les règles narratives, n’hésitant pas à faire disparaître l’un des personnages principaux (Perrin) pendant un bon quart du film, pour le faire ressurgir, telle l’apparition d’un ange auquel sa gentillesse immaculée l’associe plus d’une fois. Plusieurs fins successives dénotent aussi chez Zurlini un talent unique mais contrarié, qui aura de plus en plus de mal à s’exprimer avec les années (le cinéaste se suicidera en 1982, après six ans d’inactivité). Mélo, chronique sociale, comédie douce-amère et film psychologique s’entremêlent ici dans une vision esthétique, sublimée par une plasticité très inspirée que ce DVD, qui exploite la copie neuve distribuée en salles en France l’été dernier, restitue pleinement.
- Les Bonus : En introduction, le journaliste Jean-Luc Douin rappelle la position atypique de Zurlini (quoique partagée par d’autres cinéastes comme Visconti). Ce fils de bonne famille, converti au marxisme et féru d’art, fit montre d’une érudition qu’il exprima d’abord par le biais du documentaire. Son court métrage « La Stazione », où l’invention formelle se conjugue aux préceptes néo-réalistes, est inclus sur le DVD pour en témoigner : plutôt que de filmer ceux qui ne font rien, Zurlini tente, plus tragiquement, de filmer ceux qui n’ont rien à faire. Douin revient aussi sur les figures d’une bourgeoisie vulgaire, du retour du fascisme et des différences de classe en Italie, qui vont cimenter l’œuvre du cinéaste, pour la teinter d’une indéniable fatalité et l’orner d’un déséquilibre formel presque baroque, qui anticipe les difficultés rencontrées dans la suite de sa carrière. Au cours d’une interview filmée, Jacques Perrin revient pertinemment sur un goût de la psychologie chère à cette génération de cinéastes italiens, et sur sa volonté à l’incarner justement, « à la vivre au lieu de seulement l’interpréter » comme il le dit. La journaliste Laure Adler livre également un commentaire sur le film, et parvient à dépasser sa présence de « guest star » un peu ostensible pour discourir de façon bienvenue sur la manière dont Zurlini parvient à donner à sentir physiquement ce qui se joue au cours du film (avec la fameuse scène de l’escalier, dépourvue de dialogue), tout en arguant d’une rigueur esthétique qui, elle, n’a jamais été généralisée dans le cinéma italien.
Julien Welter
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La Fille à la valise
De Valerio Zurlini
(Italie, 1960, 1h56)
Avec Claudia Cardinale, Jacques Perrin, Gian Maria Volonte…
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Une œuvre éblouissante et tragique de l’âge d’or du cinéma italien, dont la forme est pourtant résolument à part.
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