Avec Aïssa Maïga, Tiécoura Traoré, Hélène Diarra…
Une Coproduction Arte
Synopsis : Pris dans l’étau de la dette et de l’ajustement, le continent africain lutte pour sa survie. Face à ce drame, des représentants de la société civile africaine intentent un procès aux institutions internationales. Les séances se déroulent à Bamako, dans la cour d’une maison, au milieu des habitants qui vaquent à leurs occupations, attentifs ou indifférents aux débats. Parmi eux, Chaka et Melé. Elle est chanteuse dans un bar, il est sans travail et leur couple se désagrège.
L'interview avec Abderrahmane SissakoCritique : Animé par le sentiment d’urgence, Abderrahmane Sissako a mis en scène un procès exemplaire. Une nécessité se fait jour de façon percutante, celle de parler au nom de ceux qui ne peuvent pas se faire entendre, par le moyen de la prise de parole auprès des instances dirigeantes ou celui, encore plus rare, de la production en Afrique d’un film de cinéma bénéficiaire d’une diffusion dans le monde entier. Le procès se tient essentiellement dans la cour de la maison du père du cinéaste, où ce dernier a grandi. La demeure continue d’être investie par des cousins ou des proches, et a été choisie pour sa capacité à être maintenue comme lieu de vie et comme témoin d’une actualité africaine troublée et souvent contrariée.
Ce dispositif inattendu est associé à un quotidien parfois amusant, lorsque Chaka manifeste le souci récurrent de nouer une bretelle de la robe de Melé en pleine séance et devant les avocats qui se tancent à coups de répliques véhémentes. Sissako n’entend pas poser pour autant de regard trivial ou cocasse sur les protocoles judiciaires en introduisant cette situation à ciel ouvert marquée par les gestes domestiques. Il veut plutôt montrer la connexion directe de la vie à des préoccupations généralement conditionnées à la sphère capitonnée d’un tribunal. Cette fois, les tâches journalières se mêlent de façon démocratique au pouvoir exclusif du langage juridique.
Le geste n’est donc pas symbolique, mais relève plus concrètement de ce qu’on appelle « la moindre des choses ». Il ne souffre pas non plus de son caractère souvent appuyé, tant se fait sentir la nécessité de restaurer une forme de dignité face à volubilité péremptoire des juristes occidentaux. Pour autant, le discours de ces derniers s’avère moins schématique qu’on ne le pense, grâce à un souci d’exhaustivité bienvenu dans le déroulement du procès et le caractère incarné des revendications du peuple africain face à la toute-puissance du FMI. Sissako rappelle d’ailleurs que l’Afrique pillée et bâillonnée serait justement moins victime de sa pauvreté… que de ses richesses. « Bamako » trouve donc le ton juste, entre l’impolitesse justifiée, le poing levé et le souci d’une argumentation solide et concertée. Julien Welter








Envoyer à un ami
Le récit d’un procès fictif mais exemplaire, qui met en cause le FMI et sa politique d’octroi des prêts aux pays en voie de développement.
RSS
Facebook
Twitter