« La bataille fut d’une violence inouïe. Sept mille Chrétiens et vingt-cinq mille Turcs furent décimés. La mer devint rouge sang, tant il y avait de victimes », dit Tiberio Morro, historien militaire. Dans les gigantesques archives municipales de Venise sommeillent des documents datant du 14ème au 18ème siècle. Les historiens italiens y ont découvert des lettres et des récits de témoignages inédits. Ces récits évoquent les préparatifs de la bataille décisive qui allait décider du sort de l’Europe.Les historiens Marco Morin et Paolo Selmi ont découvert que les Vénitiens s’étaient préparés à cette bataille avec la plus grande minutie. Au cours de leurs recherches, ils ont rassemblé des documents et des témoignages jusque là inconnus.Ces documents évoquent des réunions clandestines, de nouvelles armes secrètes et l’appel au combat, bien des années avant l’affrontement de Lépante.
Leurs réunions se déroulent dans le plus grand secret, car les dirigeants de la République sont inquiets. Leur monopole économique menace de s’effondrer.
Les grandes puissances d’Occident, notamment Madrid, Rome et Venise, regardent avec appréhension en direction de l’Orient. En deux siècles, l’Empire Ottoman y a établi sa puissance.
Le professeur Idris Bostan, historien à l’université d’Istanbul : « Aucun pays ne possédait une force navale aussi redoutable que celle des Ottomans, pas même Venise ni l’Espagne. Seule une alliance entre les différentes flottes pouvait aider l’Occident à combattre les Ottomans. »
La flotte turque, réputée invincible, poursuit sans relâche sa progression. Les récits de ses conquêtes sanglantes, assorties de tortures et autres atrocités, plongent l’Occident dans la terreur. A Rome, le Vatican est en état d’alerte. Si le Saint Siège craint l’occupation et le pillage de l’Europe du Sud, les autorités ecclésiastiques redoutent bien davantage l’expansion de l’Islam en Occident. Fébrilement, elles échafaudent une stratégie pour contrer sa progression. A Venise, les têtes pensantes de la République ont recours à l’art délicat de la diplomatie pour endiguer la progression ottomane. Cependant, dans le plus grand secret, la Sérénissime République se prépare en fait à la contre-attaque, comme en témoignent les mémoires de Francesco Duodo, armurier et constructeur naval de renom : « En 1570 il fut décidé de construire, en plus des galères traditionnelles, onze galères d’un type nouveau. Et de les équiper pour le combat. » Un nouveau genre de navire de guerre est né : la galéasse.
En août 1570, un an avant la terrible bataille, la situation s’envenime. Forts de 360 galères et de 50 000 hommes, les Turcs s’emparent de Chypre, possession vénitienne à l’est de la Méditerranée. Famagouste tombe et les représentants des différents Etats finissent par s’entendre. Ils signent un pacte à Rome, le 24 mai 1571. Il s’agit d’un traité instaurant une alliance tout à fait comparable à celle de l’OTAN, et cela il y a plus de 400 ans. Cette alliance militaire, baptisée « Sainte Ligue », regroupe les plus grandes puissances européennes, l’Espagne, la Savoie, la Sicile, Venise, Gênes et Malte.
La coalition chrétienne a choisi les meilleurs navires et l’élite des capitaines pour combattre la flotte ottomane. De Barcelone, Rome et Venise, les galères font route à toute vitesse en direction de Messine. Les Ottomans suivaient chaque mouvement de l’ennemi. Ils transmettaient immédiatement toutes les informations à leurs capitaines et amiraux en mer. Les Ottomans reçoivent aussi l’ordre de faire route immédiatement sur Lépante. Ce port bénéficie d’une situation stratégique sur le golfe de Patras. Depuis des années, les Turcs utilisent son fort comme base militaire navale.
Dans le golfe de Patras, l’armada ottomane est prête. Elle est composée de deux cent cinquante galères et d’une soixantaine de galiotes, plus maniables. A leur bord, cent mille hommes environ attendent le signal. La flotte ottomane se range en ordre de bataille au large de Lépante, pour se préparer au combat imminent contre les Chrétiens. Pendant ce temps, les galères commandées par Don Juan d’Autriche quittent l’île d’Oxia. Le 7 octobre 1571, les deux flottes se rejoignent dans le golfe de Patras. Au sud de Lépante, les deux fronts ennemis se forment.
Sur une longueur de cinq kilomètres, six cents navires se font face, avec deux cents mille soldats à leur bord. Les navigateurs manœuvrent pendant deux heures jusqu’à ce que la formation soit enfin en place. Dans chaque camp, les trois escadres principales sont à présent face-à-face. L’engagement est imminent.
Au matin du 7 octobre 1571, le soleil est au rendez-vous. Quelques minutes plus tard, Chrétiens et Musulmans vont donner l’assaut et l’affrontement va commencer. La supériorité numérique des Turcs est évidente. Mais les Chrétiens ont l’avantage au plan de l’armement. Quelques instants après, c’est l’abordage. Un déluge de feu s’abat sur la flotte ennemie, tandis qu’arquebusiers et janissaires prennent les navires d’assaut, armés de grappins, d’épées et de piques. Pendant des heures, le combat fait rage. Les ennemis s’affrontent dans un furieux corps à corps, sur le sol mouvant des galères éperonnées. Des milliers de corps sans vie tombent par-dessus bord. La supériorité chrétienne est vite démontrée. En peu de temps, la Sainte Ligue anéantit trente-cinq pour cent de la flotte ottomane. Quatre galéasses mettent à elles seules cent huit galères ennemies hors de combat. Les forces navales du sultan Sélim iI sont écrasées, mettant un terme à sa domination en Méditerranée. Les soldats turcs ne peuvent plus éviter la débâcle. Une bonne partie de la flotte ottomane sombre corps et biens. La Bataille de Lépante a mis définitivement terme à la domination de la flotte ottomane en Méditerranée.
Lorsque les Vénitiens, triomphants, arrivent dans la Cité des Doges, ils sont accueillis au son du glorieux « Te Deum », qui résonne depuis la basilique Saint Marc. Les habitants de la Sérénissime République célèbrent dans la liesse la victoire de leur flotte.
(Extraits du script du documentaire de Marc Brasse "La bataille de Lépante")






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