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Cannes 2009

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Cannes 2009 - Compétition officielle - 22/05/09

Vincere

Un film de Marco Bellocchio


( note Arte: 4 ) En maître de la mise en scène, Bellochio raconte la passion puis la tragédie d’une femme confrontée au pouvoir d’une dictature absolue, avec des accents d’opéra flamboyant.

  • ARTE Culture du 20.05. - Vincere

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Synopsis : Dans la vie de Mussolini, il y a un lourd secret que l’histoire officielle ne raconte pas : une femme, Ida Dalser, et un enfant, Benito Albino conçu, reconnu puis désavoué. Ida rencontre Mussolini de manière fugace à Trente et en est éblouie. Elle le retrouve à Milan où il est un ardent militant socialiste qui harangue les foules et dirige le quotidien l’Avanti. Ida croit en lui, en ses idées. Pour l’aider à financer le Popolo d’Italia, point de départ du futur parti fasciste, elle vend tous ses biens. Lorsque la guerre éclate, Benito Mussolini s’engage et disparaît de la vie de la jeune maman, qui découvrira avec stupeur qu’il est déjà marié avec une autre femme. Ida n’aura dès lors de cesse de revendiquer sa qualité d’épouse légitime et de mère du fils aîné de Mussolini, mais sera systématiquement éloignée de force et son enfant mis dans un institut. Pourtant, elle ne se rendra jamais et ne cessera de revendiquer haut et fort sa vérité.

Critique : Pour « Vincere », Bellocchio part de la petite Histoire pour énoncer une parabole sur la grande. Ce drame vécu par Ida Dasler, première femme de Mussolini et mère de son premier fils, prend sous sa direction de l’ampleur, la grandeur d’une tragédie grecque. Il brosse le portrait d’une passionaria, folle d’amour pour son « amant sauvage », Benito Mussolini, guidée par un feu intérieur qui la consume puis la détruit une fois qu’il parvient au pouvoir. Cette femme magnifiquement obstinée pour la vérité se bat contre des forces qui la dépassent. Giovanna Mezzogiorno incarne Ida avec une fièvre peu commune, qui la mène de l’extase sensuel à l’hôpital psychiatrique à l’instar de « Camille Claudel » ou d’« Adèle H ». Quant à Benito Mussolini, magnifiquement interprété par Filippo Timi, il est un vampire Goliath halluciné par sa mission, assoiffé de pouvoir. Véritable révélation, l’acteur, avec un physique puissant entre celui de Raul Julia et Javier Bardem, travaille le regard de Mussolini en le portant toujours au-delà des gens qui lui font face, vers des hauteurs terrifiantes. Filippo Timi n’apparaît plus à l’écran quand le Duce parvient au pouvoir : celui-ci devient alors une figure publique, remplacé à l’écran par des images d’archives. Le désincarnant, Bellochio lui ôte alors la vie pour le transformer en image, icône ou caricature, puis, très finement, fait revenir l’acteur pour incarner son fils en perdition.

Vincere
Un film de Marco Bellocchio
(Italie, 2008, 128 mn)
Avec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Michela Cescon, Fausto Russo Alesi…
Comme toujours très précis et avec une grande intelligence de mise en scène, Bellochio joue du moindre détail. Au début du film, Mussolini, jeune militant, affronte la police devant la boutique d’Ida. La première scène le montre s’enfuir derrière un pilier dans la nuit et se cacher dans son ombre à elle, une femme qui lui est presque inconnue. Plus tard, même plan, derrière le même pilier, dans les mêmes circonstances, Mussolini renverse la situation et fait paravent de son corps entre elle et la police. L’amour est né dans son coeur. Le cinéaste utilise aussi savamment le graphisme : des typographies à la russe, des références au mouvement futuriste italien, marquent le côté révolutionnaire anarchiste de Mussolini jeune. Cet élan finit par être remplacée par l’esthétique fasciste grandiloquente qui écrase individu et l’oppresse. De même, Bellocchio insert dans son intrigue des flashs forward ; il « va et vient » dans le temps pour signifier le fatum, ce vertige dans lequel cette femme se noie, accrochée à son passé pour défendre son présent (son fils). Le film prend alors la forme d’une tragédie antique mais aussi et surtout d’un opéra porté par une musique flamboyante qui emprunte à des classiques, mais jamais au hasard. Par exemple, Bellocchio joue sur la première partie du thème mythique composé par Bernard Hermann pour « La Mort aux trousses », l’histoire d’un homme victime d’une erreur qui se bat pour faire reconnaître son identité à une foule d’incrédules menaçants. Au final, le titre du film pose un tragique contrepoint à l’Histoire : qui a gagné qui a perdu ? Car cette obsession de « Vaincre » ne peut mener qu’à la défaite amère, à la mort, cruelle et implacable.

Delphine Valloire

Edité le : 06-05-09
Dernière mise à jour le : 22-05-09