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UE 2009

En marge du G20 de Londres, qui tente de trouver des remèdes à la crise, voici deux points de vue décalés sur les réalités économiques.

> Retour sur le film

UE 2009

En marge du G20 de Londres, qui tente de trouver des remèdes à la crise, voici deux points de vue décalés sur les réalités économiques.

UE 2009

02/06/10

Une expérience dévorante mais positive

Sans le projet pédagogique porté par Philippe Perchoc de Nouvelle Europe, Miriam Artino de Franchement Europe et Ophélie Hemonin de l'association étudiante de Sciences Po, l'AMAE, le film « La vie à 27 » n'aurait pas vu le jour. Retour sur une expérience dévorante mais positive.


Une fois que vous vous êtes engagés dans le projet, quel est le plus grand obstacle que vous avez rencontré sur votre chemin ?
Philippe-Le plus grand obstacle, pour moi, a été de mobiliser les ambassades et les entreprises autour du projet. Il a fallu expliquer ce qu’était un "serious game", ses enjeux et les bénéfices attendus. L’autre obstacle a été le bouclage financier de l’aventure. Une fois convaincus du bien fondé de l'expérience, les partenaires financiers ont été plus simples à trouver. Ophélie- Le soutien d'ARTE au projet de documentaire nous a d'ailleurs apporté une crédibilité précieuse. Miriam-Pour ma part, je mentionnerai la gestion du temps. L’organisation du projet a demandé plusieurs centaines d’heures de travail sur quatre mois : concilier tout cela avec nos engagements respectifs n’était pas évident mais la motivation et l'enthousiasme nous ont aidés.

Quelle a été votre plus grande satisfaction en fin de parcours ?
Philippe- Voir les étudiants de l’Institut français de presse (IFP) de Paris II, de Paris III Sorbonne Nouvelle, de Sciences-Po et de l'École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) partager leur expérience et leurs angoisses professionnelles. Cet exercice dédramatise les différences qui peuvent exister en France entre grandes écoles et universités. Le marché européen de l'enseignement supérieur est très spécialisé et ils sont tous en compétition avec les étudiants sortis des meilleures formations du continent. Le fait que les étudiants continuent à échanger au-delà du jeu a été ma plus grande fierté. En tant qu'ancien étudiant de l’université et de Sciences Po, j’ai mesuré le chemin parcouru. Ophélie-De plus, les réactions en retour des participants sont enthousiastes. Certains ont trouvé des stages, d'autres ont noué des relations privilégiées avec le monde européen du travail. Philippe-Il y a même un étudiant de l'IFP qui a trouvé sa vocation : il veut devenir lobbyiste !

Quels sont les enseignements que vous tirez de cette expérience pédagogique ?
Ophélie-Le travail d'équipe est un moteur formidable et l'expérience a été formatrice d'abord pour nous-mêmes qui avons passé quatre mois en constantes négociations avec les ambassades, les mécènes, les médias, les participants et surtout entre nos trois associations… Philippe-La simulation trouve une place entre les enseignements académiques et un stage. En effet, les étudiants ont mis en pratique tout ce qu’ils avaient appris en cours sur le fonctionnement de l’Union européenne mais ils ont aussi mené des recherches sur les politiques énergétiques du pays ou du lobby qu’ils représentaient. Ils ont beaucoup plus travaillé que dans un séminaire de 24 heures sur un semestre !De plus, l’idée du parrainage par de vrais acteurs des questions européennes leur a aussi permis de discuter avec des diplomates ou des lobbyistes. En fin de compte, les participants ont appris trois choses fondamentales : primo, on ne négocie jamais à « blanc », on retrouve toujours les mêmes négociateurs, avec lesquels on a un passif positif ou négatif; secundo, il ne suffit pas de récolter des informations, il faut trouver l’équilibre entre linformation, la décision et l’action; tertio, la fatigue joue un rôle fondamental dans une négociation internationale. Miriam-On parle souvent de désaffection des citoyens à l’égard de l'Europe mais je pense qu’on ne s’interroge pas vraiment sur les causes de cette désaffection. Les individus ancrés dans des réalités nationales perçoivent la machine bruxelloise comme quelque chose d’abstrait et de lointain. Étant donné que ce ne sont pas les citoyens qui peuvent aller vers Bruxelles, il faut que ce soit Bruxelles qui se déplace vers les citoyens. Une initiative de ce type peut aider cette démarche, notamment auprès d’un public jeune, plus ouvert aux nouveautés.

Le film tiré du 6 mars présente-t-il pour vous une utilité par rapport à l'expérience vécue sur le terrain ?
Philippe-Comme formateur, je devais faire face au même problème que les négociateurs : être à un seul endroit à la fois. Lors du montage, j’ai pu revivre trois journées complètes en plus de la mienne. J’ai ainsi beaucoup mieux compris ce qui s’était passé. Pour tous les participants, je pense que le film a permis de montrer quelles stratégies avaient été à l'œuvre et de les mettre en balance avec le résultat final. Les Italiens qui ne changent jamais de position ; les Tchèques qui tentent d’influencer l’ordre du jour de la négociation ; les Allemands qui attendent la dernière heure pour agir. Miriam-Le film laisse une trace concrète du travail accompli. Un très bon moyen pour convaincre nos partenaires de soutenir l’expérience dans l’avenir. En second lieu, le film est sans aucun doute un excellent outil pédagogique qui permet aux participants de se revoir, de comprendre leurs points forts, leurs faiblesses, leurs erreurs et de prendre du recul par rapport à l’expérience qu’ils ont vécue. Ophélie-Pour les internautes, le film recentre le débat autour de deux points capitaux – le financement de Nabucco et sa place par rapport à d'autres projets perçus comme concurrents – et il offre une image d'ensemble de la négociation que les participants pouvaient difficilement avoir sur le coup.

Est-ce envisageable d'élargir ce type d'expériences à d'autres pays ?
Ophélie-Sur le fond, la présence d'une délégation turque et d'une délégation américaine aurait apporté quelque chose en plus, comme nous l'ont fait remarquer certains "coachs" appartenant au secteur de l'énergie. Et, bien entendu, il serait plus juste d'avoir les moyens matériels de composer avec 27 délégations européennes plutôt que 16 ! Miriam-Ce serait souhaitable d'élargir l'expérience et je n’exclus pas que ce soit envisageable. Les institutions commencent à se rendre compte de l’importance de la dimension ludique dans le processus d’apprentissage. Philippe-Mais cela demande des moyens humains et financiers beaucoup plus importants ainsi que des structures d'accueil. On pourrait imaginer ce genre d’exercices dans des programmes communs de formations.


Propos recueillis par Claire A. Poinsignon

Edité le : 25-05-10
Dernière mise à jour le : 02-06-10


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