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1968

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1968

11/04/08

Simon Brook met 68 au pluriel

Critique du documentaire « Générations 68 »


Simon Brook n'a pas connu mai 68. C'est peut-être pour cela qu'il arrive à en saisir l'esprit pluriel, en se détachant du volet purement français des événements. Car à travers le monde, ce sont bien plusieurs générations qui ont vibré en 1968, auquel le réalisateur rend en hommage, en noir et blanc et en couleurs.

On a vu et revu mai 68. Tout le monde a en tête les images des blousons-noirs de la rue Gay Lussac, lançant avec vigueur pavés et autres amabilités vers des CRS qui leur répondent à coups de grenades lacrymogènes. La bouille rigolarde de Dany le Rouge, défiant le pouvoir à l'entrée de la Sorbonne, idem. Les faits sont connus, les faits sont récents : il ne fallait pas faire un film historique de plus sur mai 68, avec sa succession chronologique d'images d'archive commentées d'une voix monotone. Et ça tombe bien : Simon Brook, en réalisant Générations 68, a pris un parti résolument différent.

Les voix déjà. Point de commentateur omniscient, annonçant du haut de sa chaire, mais une ribambelle d'intervenants de qualité auxquels le réalisateur laisse la parole libre, sans qu'il soit besoin d'ajouter quoi que ce soit. Ainsi Jean-Claude Carrière évoque l'agitation qui s'est emparée de la Croisette pour le festival de Cannes 1968 alors que Miloš Forman décrit moins Hair comme un film anti-guerre du Vietnam que pro-démocratie. Jean-François Bizot rappelle l'influence des beatniks et du LSD quand Mary Quant parle de mini-jupes londoniennes et que Václav Havel rappelle qu'à l'époque, en Tchécoslovaquie, ce n'était pas franchement pour le drapeau rouge que l'on défilait.

Car il s'agit moins de raconter les événements de mai 68 que d'essayer de comprendre, à travers autant de regards différents, ce qui a fait la « génération 68 ». Cette génération d'étudiants qui manifestent, de Berkeley à Tokyo en passant par Berlin, Rome ou Mexico, qui écoutent la même musique, ont les mêmes aspirations au changement. Le fonds cinématographique utilisé est à la hauteur de l'ambition et mêle habilement noir et blanc et couleur, archives historiques, films de cinéma ou encore clips musicaux. Quant à la bande son, elle regroupe les plus grands classiques de l'époque, des protest songs hippies au rock psychédélique.

Au gré des rencontres, en butinant ça et là, Simon Brook crée un film décousu, très soixante-huitard dans la conception. C'est peut être là la recette du succès : en évitant le cours magistral, le réalisateur parvient d'autant mieux à saisir l'esprit de l'époque et à évoquer cette fameuse « génération 68 » qu'il n'a pas connue. Dans la frénésie filmique autour de mai 68, si vous ne devez en voir qu'un...

Louis Moulin
Etudiant à l'Ecole de journalisme de Sciences Po, Paris

Edité le : 28-03-08
Dernière mise à jour le : 11-04-08


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