Les forces anglo-américaines, ont le sait, débarquèrent le 6 juin 1944 sur les côtes de la Manche. Bloquées durant de longues semaines en Normandie, elles parvinrent à percer en juillet. Les Britanniques progressèrent alors vers le Nord, s’emparant dès le début septembre de Lille puis de Bruxelles ; les Américains, en revanche, se scindèrent, une partie des troupes filant sur la Bretagne, l’autre lançant une offensive qui permit de libérer Paris avant d’attaquer à l’est, grâce aux renforts débarqués en Provence. Cette configuration explique en partie que les Français aient assez vite associé leur libération aux troupes américaines. Hormis l’intermède normand de l’été, les hommes du général Montgomery quittèrent en effet rapidement le territoire national, entamant la reconquête de la Belgique puis des Pays-Bas. Les hommes d’Eisenhower furent par contre plus présents : aux troupes délivrant une grande partie de la France s’ajoutèrent en effet les renforts considérables qui passèrent par Cherbourg puis Marseille avant, la défaite du Reich acquise, de transiter par ces ports pour revenir au pays.
Les contacts que les Français entretinrent avec les forces américaines s’inscrivent donc et dans un vaste espace se situant à l’échelle de la France entière, et sur une durée assez longue s’étageant du 6 juin 1944 à l’année 1945, voire au-delà. Ils furent, autant le souligner, placés sous le signe de la diversité.


Quelques notes discordantes, pourtant, invitent à nuancer ce tableau idyllique. Les troupes, tout d’abord, s’adonnèrent parfois à de douteux trafics (essence et cigarettes par exemple) qui posèrent de réels problèmes aux autorités.
Des militaires, certes minoritaires, adoptèrent des comportements criminels. Quelques-uns violèrent (on recense 208 viols pour le seul département de la Manche) ; d’autres tuèrent (une trentaine de meurtres furent commis dans ce même département) ; certains, enfin, pillèrent, les délits « s’étageant du simple vol de matelas pour améliorer son confort aux braquages armés et violents » suivant les mots d’un magistrat militaire. A la différence d’autres conflits, ces méfaits ne furent jamais instrumentalisés par les états-majors, qui s’efforcèrent de les réprimer. Ils expliquent, toutefois, que certaines populations conservent un souvenir mélangé de leurs libérateurs américains.
La Normandie, enfin, constitue sans doute un cas particulier. Car si cette région eut l’insigne privilège d’être la première zone libérée, elle subit de terribles dommages provoqués tant par les bombardements (dont furent par exemple victimes Caen ou Saint-Lô) que par de violents combats. Nombre de Normands reprochèrent par conséquent aux Alliés et surtout aux Américains les pertes endurées, d’autant que l’utilité de certaines opérations (les bombardements sur Caen par exemple) leur parurent injustifiés du point de vue stratégique.
Ces éléments expliquent, au total, l’ambivalence des sentiments que les Français nourrirent à l’égard de leurs libérateurs, américains avant tout. La profonde gratitude manifestée vis-à-vis d’hommes qui leur apportèrent la liberté au péril de leur vie se nuança de sentiments moins amènes, quand les civils furent exposés à une violence de guerre, militaire ou criminelle, qui les menaçait.
Olivier Wieviorka
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1 commentaire(s)
Pas d'omelette sans casser des oeufs... | Joko
19.06.2010 - 10h37
Il est facile de trouver des "notes discordantes" plus de 65 ans après. Surtout lorsque ce n'est pas sa propre peau que l'on a mis dans la balance des combats... Et sans oublier qu'une large majorité de français n'était ni combattants, ni même résistants, mais composait (ou collaborait) avec l'envahisseur Nazi. Voilà à quoi devrait réfléchir les "Français" du 21ème siècle. Alors de grâce : un peu de décence ! Songeons également aux peines de leurs familles endeuillées à l'époque. Chapeau bas (et même TRES bas !) à tous ces jeunes types qui ont risqué, et souvent laissé sur notre sol, leur vie pour NOTRE liberté d'aujourd'hui.
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