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Espagne - 07/12/06

L’Espagne en première ligne

Selon l'Office statistique des communautés européennes, Eurostat, l'augmentation du nombre d'immigrants, en Espagne, représente 39 % du total de l'Union européenne (UE). Elle est aussi devenue la première destination des migrants, depuis 1997. Selon le Centre de recherches sociologiques (CIS), 59,2 % des Espagnols considèrent, déjà, l’immigration comme le problème le plus important du pays.

Plusieurs événements ont contribué à créer cette situation. Le passage du détroit de Gibraltar, ainsi que le difficile trajet entre les côtes d’Afrique du Nord et les îles Canaries, ont déjà causé la mort de dix mille personnes, ces cinq dernières années. Il y a un an, le gouvernement socialiste devait faire face à la tragédie des immigrants, qui mouraient sous le feu des forces de sécurité, alors qu’ils essayaient de franchir les murs de protection des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, dans le nord du Maroc.

Il y a peu de temps, la pression migratoire s’est détournée vers les îles Canaries, en raison du contrôle intense exercé à la frontière nord du Maroc. Durant le premier semestre 2006, cent mille immigrants sont arrivés sur l’île. Le manque de collaboration des pays d'origine rend les rapatriements difficiles. Les immigrants sont retenus dans des centres d'internement, le temps qu'on décide de leur rapatriement ou de leur transfert   dans la Péninsule. Une situation qui commence à poser aussi des problèmes logistiques. C’est pourquoi, le gouvernement régional se plaint de l’absence de coordination avec le gouvernement central, du manque de moyens et de la politisation du problème. La population canarienne a du mal à concilier urgence  et solidarité, que lui inspire son passé d’émigrante. Pour sa part, le gouvernement socialiste espagnol a pris diverses dispositions. D’un côté, il cherche une plus grande implication économique et politique de l’Union européenne (UE). Or, la décision prise par le gouvernement en 2005 de régulariser massivement cinq cent soixante-dix mille immigrants, a suscité la méfiance au sein de l’UE, notamment des Pays-Bas, du Danemark et de l’Allemagne.

Par ailleurs, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, a renforcé le système de surveillance électronique - le Système intégré de surveillance extérieure (le SIVE) - constitué d’un réseau de radars, de caméras et de capteurs, pour mieux contrôler les frontières. D’autre part, Madrid a lancé le « Plan Afrique », en mai 2006, pour améliorer la situation économique des pays d'origine – qui concerne le Sénégal, la Gambie, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, la Guinée et le Niger. Il a également favorisé la collaboration avec le Maroc et la Mauritanie.

Finalement, la confrontation en matière d'immigration entre le Parti populaire (PP), le plus conservateur, et le Parti socialiste (PSOE), a été marquée par la politisation du problème et par des stratégies électoralistes. La récente proposition du gouvernement d'un accord d'État (un consensus entre les différents partis du gouvernement) pour l’immigration, évitant les tendances partisanes, a été rejetée par le Parti populaire.

La situation en matière d'immigration en Espagne est très compliquée. Ajouter à cela les rivalités partisanes, et la situation paraît insurmontable. Il sera, d'abord, nécessaire de trouver une position consensuelle, sur un plan national, avant de solliciter l'aide européenne.
Cristina Martin Rodríguez et Guadalupe Pérez García

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Regards croisés n° 5,
Immigration : la porte étroite
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Edité le : 07-12-06
Dernière mise à jour le : 07-12-06


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