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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 1er avril 2007 > l'analyse d'image : G. Pompidou et W. Brandt

Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Emission du 1er avril 2007 - 01/04/07

l'analyse d'image : G. Pompidou et W. Brandt

G. Pompidou et W. Brandt


En juillet 1970, un sommet franco-allemand se tient à Bonn. Elsa Clairon nous propose de regarder ensemble les images de ce sommet que Karambolage a pu récupérer, bien qu'elles n'aient jamais été diffusées, ni en France, ni en Allemagne.


PB_1.jpg.imageDataNous sommes en juillet 1970, plus exactement le 3 juillet 1970. Georges Pompidou, président de la République Française arrive sur le tarmac de l'aéroport de Bonn. On le voit ici descendre de l'avion suivi de Maurice Schumann, le ministre des affaires étrangères. Ils sont accueillis au pied de la passerelle, par le chancelier Willy Brandt en personne. C'est que l'enjeu est de taille.

À l’époque, Willy Brandt rompt délibérément avec la politique de ses prédécesseurs et entame l'Ostpolitik, la politique d'ouverture à l'Est. La France y est totalement opposée. Ce somment doit tenter de dénouer les tensions. Pas de déclaration à l'arrivée au palais Schaumburg, pas de poignées de main symbolique devant les inévitables caméras. Les délégations s'engouffrent immédiatement dans la salle de réunion. De part et d'autres de la salle de conférence. Les équipes prennent place.

PB_4.jpg.imageDataLa tension est palpable. Voyez le visage particulièrement fermé du chancelier. Voyez les attitudes préoccupées du côté français. Le Premier Ministre Chaban-Delmas semble fort soucieux. Qu'est-il en train d'expliquer au président Pompidou, qui peine a cacher son inquiétude, voire son agacement.

Le sourire qu'il tente d'afficher diplomatiquement lui reste coincé sur les lèvres et son regard est fuyant. Quelques heures plus tard. Les journalistes attendent la fin des discussions. Du lustre nous descendons vers Willy Brandt et Georges Pompidou qui sortent tout juste de la salle de négociations. Regardez cette scène étonnante. Pas de poignées de mains, pas de déclaration commune. Willy Brandt est impassible. Pompidou affiche un pâle sourire de circonstance et cherche désespérément où placer cette main qui ne va pas vers Brandt et qui va finalement venir s'accrocher à la poche de sa veste. Leurs regards s'évitent. Nous sommes en pleine crise.

PB_3.jpg.imageDataPour comprendre, il faut revenir en arrière. Voyez-vous cet homme qui suit les deux chefs d'état fixe un bref instant les caméras et s'éclipse discrètement vers la droite du plan. Le chef des services français de sécurité l'a appris dans la matinée. L'homme au centre ne serait pas un simple traducteur, il ne s'appellerait pas Franz Werling, il s'agirait en fait de Viktor Krakasnov, un homme de Moscou, un espion en quelques sortes. Pompidou se sent pris dans un traquenard. Willy Brandt est-il au courant. S'il ne l'est pas, comment s'explique t-il le mutisme français pendant les discussions.

Rappelons que nous sommes en pleine guerre froide, qu'une étincelle pourrait suffire pour déclencher à tout moment une catastrophe. Ce que les hommes d'Etat ne peuvent dire, c'est que Pompidou vient de décider d'écourter les négociations et de regagner la France plus tôt que prévu.

PB_2.jpg.imageData
Les services protocolaires débordés ont pris soin d'offrir aux journalistes quelques images consciencieusement souriantes des adieux à l'aéroport du Chancelier, du Ministre des Affaires Etrangères et de leurs épouses. Mais rien n'y fera. Pompidou quittera l'Allemagne sans se retourner. Les médias des deux côtés du Rhin recevront l'injonction absolue de taire ce sommet. Voilà pourquoi aucune image n’a jamais été diffusée à ce jour. Les relations franco-allemandes en seront durablement entachées et il faudra attendre l'arrivée au pouvoir d'Helmut Schmidt et de Valéry Giscard d’Estaing pour qu'elles renaissent de leurs cendres.

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Texte : Elsa Clairon
Image : Claire Doutriaux

Edité le : 30-03-07
Dernière mise à jour le : 10-09-09


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