Le 22 novembre dernier, Angela Merkel était enfin désignée chancelière de la République fédérale d’Allemagne après 2 mois de tergiversations et difficiles négociations. Nous sommes donc au Bundestag, l’Assemblée nationale allemande et le grand moment est venu, la chancelière va prêter serment devant les députés, c’est-à-dire devant les représentants du peuple allemand. Cette Eidesleistung, cette prestation de serment est un acte très solennel pour lequel il n’y a pas d’équivalent en France.Le Président du Bundestag, Norbert Lammert, ouvre la séance. "Die unterbrochene Sitzung ist wieder eröffnet, ich rufe auf dem Tagesordnung Punkt 2 Eidesleistung der Bundeskanzlerin…" "La séance est ouverte : deuxième point à l’ordre du jour : prestation de serment de la chancelière. " Frau Bundeskanzlerin, ich bitte Sie, zur Eidesleistung zu mir zu kommen. "Madame la Chancelière, je vous invite à venir me rejoindre pour la prestation de serment." Angela Merkel lève la main droite avant de lire le serment :
"Ich schwöre, dass ich meine Kraft dem Wohle des deutschen Volkes widmen, seinen Nutzen mehren, Schaden von ihm wenden, das Grundgesetz und die Gesetze des Bundes wahren und verteidigen, meine Pflichten gewissenhaft erfüllen und Gerechtigkeit gegen jedermann üben werde. So wahr mir Gott helfe." "Je jure, de consacrer mes forces au bien du peuple allemand, d’accroître ce qui lui est profitable, d’écarter de lui tout dommage, de respecter et défendre la Loi fondamentale et les lois de la Fédération, de remplir mes devoirs avec conscience et d’être juste envers tous.Que Dieu me vienne en aide !" Avez-vous bien entendu la dernière phrase ? "So wahr mir Gott helfe". "Que Dieu me vienne en aide". La prestation de serment se termine donc par cette petite phrase d’ordre religieux. Et la main droite qu’Angela Merkel lève vers le ciel lors de son serment est un geste ancestral par lequel Dieu est appelé en témoin de ce qui est dit. Toutefois, la constitution allemande précise que la prestation de serment peut être effectuée sans le recours à l’assertion religieuse. C’est d’ailleurs ainsi que l’ex-chancelier Schröder avait prêté serment. On notera que Schröder avait choisi de prendre en main le livre de la Constitution, peut-être parce que cela lui évitait de devoir lever la main. Il termine son serment sans la phrase "Que Dieu me vienne en aide". Le même jour, quelques heures plus tard.
C’est maintenant au tour du nouveau gouvernement de prêter serment devant le Bundestag. Il s’agit, comme on le sait, d’un gouvernement de grande coalition dont les membres appartiennent soit à la CDU, l’union démocrate-chrétienne, parti de droite qui se revendique chrétien et auquel appartient d’ailleurs la chancelière, soit à la CSU, l’union chrétienne sociale, la variante bavaroise de la CDU et au SPD, le parti social démocrate d’Allemagne, le parti socialiste. Le président du Bundestag précise : "Ich werde den Eid vorsprechen und bitte dann die Mitglieder der Bundesregierung mit den Worten "ich schwöre es so wahr mir Gott helfe" oder "ich schwöre es" zu bekräftigen." "je vais lire le serment, puis je demanderai aux membres du gouvernement de le confirmer avec les mots : "je le jure, que Dieu me vienne en aide" ou "je le jure".
Après avoir donné lecture du serment, celui-là même qu’a lu la chancelière quelques heures plus tôt, il demande donc aux ministres de venir un par un prêter serment : Le ministre du travail, des affaires sociales et vice chancelier. Le ministre des affaires étrangères - Le ministre de l’intérieur - La ministre de la justice - Le ministre des finances - Le ministre de l’économie et de la technologie - Le ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la défense des consommateurs - Le ministre de la défense - La ministre de la famille, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse - La ministre de la santé - Le ministre des transports, de la construction et de l’urbanisme - Le ministre de l’environnement, de la protection de la nature et de la sécurité des réacteurs - La ministre de l’éducation et de la recherche - La ministre du développement et de la coopération économique - Le ministre des affaires spécialesAinsi, on l’aura remarqué, une seule des ministres, la ministre de la justice, Brigitte Zypries a choisi de ne pas en référer à Dieu, de dire "ich schwöre es", je le jure. Tous les autres, quelque soit leur parti, ont choisi la formule "ich schwöre es, so wahr mir Gott helfe", que Dieu me vienne en aide ! Cette phrase qui confirme ou dément officiellement la croyance religieuse de chacun des ministres ne choque pas les Allemands. Elle serait impensable en France où la religion appartient strictement au domaine privé. Ceci nous rappelle qu’en Allemagne, contrairement à la France, il n’existe pas de stricte séparation entre l’église et l’État ou plus exactement entre les églises et l’état.







Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter