Aujourd’hui, Karambolage innove : car si ce Monsieur que vous reconnaissez est bien sûr un monsieur français, figurez-vous que ce monsieur-ci, mais oui, que vous connaissez bien lui aussi, est également un monsieur français. Je vous l’avais dit : Karambolage innove. Tous deux sont dans leurs cuisines françaises et tous deux ont une petite faim. Ils s’apprêtent à déguster un délicieux en-cas : voici donc une baguette bien croustillante, un bon camembert normand et, bien sûr, un petit ballon de vin rouge.Regardez, d’un côté comme de l’autre, le camembert a l’air juste à point : souple sous le doigt, tendre, parfait. Chacun s’en découpe un joli morceau, voilà… Miam. Allez, encore un petit bout…On aimerait être à leur place. Bon, il faut maintenant remballer le camembert. Et c’est là que les choses diffèrent, nous découvrant deux types de Français bien distincts. A gauche ce monsieur français referme bien le papier autour du camembert… voilà, il le replace dans sa boîte en bois et repose le couvercle sur le dessus. Impeccable. Il le ressortira demain.
A droite, il n’en va pas de même. Regardez, voilà que ce monsieur français, lui, nous présente une boîte en plastique ronde, une boîte bien particulière munie d’une paroi en plastique sur le couvercle et d’une autre dans la boîte, vous voyez ? Notre ami cale son camembert dans la boîte le long de la paroi fixe, comme ceci, puis il case tant bien que mal son camembert dans la boîte, sous le regard étonné de son compatriote. Bon, il fait maintenant tourner le couvercle jusqu’à ce que l’autre paroi vienne se caler sur le camembert entamé. Voilà ! 24 heures ont passé et nos deux messieurs français sont à nouveau pris d’une petite faim. L’un comme l’autre se lèchent déjà les babines devant leur boîte de camembert.Notre Monsieur de gauche ouvre sa boîte, déplie le papier et regardez : le camembert s’est étalé, les deux bords se rejoignent. On dit qu’il a coulé. Eh bien, voyez, notre Monsieur n’en semble que d’autant plus ravi. Avec gourmandise, il commence par couper cette partie molle, fondante, goûtue dont il se délecte sans plus attendre, sous l’œil quelque peu réprobateur de notre autre ami français qui regarde ces agissements avec un certain dégoût.
Lui aussi ouvre sa boîte à camembert, mais voyez, ici, les choses se présentent différemment : mais oui, grâce aux lamelles de contention, le camembert a gardé sa forme initiale. Bords impeccables, coupés au cordeau. Ce Monsieur est très satisfait, son camembert est propre, il ne s’est pas avachi, il a gardé contenance.Ceci n’inspire que dédain à notre autre ami français qui, lui, pense que son compatriote passe à côté de l’un des grands plaisirs que procure un bon camembert, l’un des grands plaisirs de la vie d’un Français tout court. Vous l’avez compris, l’utilisation ou non de la boîte à camembert marque une césure implacable entre Français …et Français.







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