Le sujet que nous allons traiter aujourd’hui est un sujet grave car il est à la base de nombreuses tensions dans les couples franco-allemands. Il convient donc de l’aborder avec la rigueur et l‘objectivité dont karambolage est coutumier. Ce monsieur est un monsieur allemand et il se prépare à faire cuire ses pommes de terre dans son bel autocuiseur rouge, une Fissler, en allemand "Druckkochtopf", casserole à cuisson sous pression ou encore "Schnellkochtopf", casserole à cuisson rapide.Ce monsieur est un monsieur français et il se prépare, lui aussi, à faire cuire ses pommes de terre dans sa cocotte-minute. Les Français auront reconnu le modèle SEB. Un classique.Regardons-les apporter les derniers préparatifs avant de refermer hermétiquement l’un et l’autre le couvercle de leur cocotte respective. Voilà. Du côté français, il ne faut pas oublier de rajouter la soupape qui est amovible, elle. Bon. Vous connaissez le principe. Il faut maintenant attendre que la pression monte à l’intérieur de la cocotte, ce qui nous laisse le temps de nous livrer à quelques explications scientifiques : En chauffant, de la vapeur d’eau se forme à l’intérieur de la cocotte. Cette vapeur d’eau va chasser l’air de la cocotte. Quand l’air est complètement évacué, la vapeur commence à sortir par la soupape et une surpression se forme à l’intérieur de la cocotte. Cette pression élève la température de cuisson à 120° et permet une cuisson plus rapide des aliments. Voilà, la pression commence à monter et nous retrouvons donc nos deux cuisiniers.
Notre cuisinier allemand se penche sur sa soupape. Regardez : La soupape, "Ventil" en allemand, c’est ce cercle sur le milieu du couvercle. Vous voyez maintenant ce petit bâtonnet qui commence à émerger de la soupape ? Là, vous voyez l’anneau circulaire ? Quand il est visible, cela signifie que la "Garstufe 1", la température de cuisson 1 est atteinte, une température qui permet de cuire les mets délicats : poisson, légumes fragiles et fruits. Si on continue à chauffer la cocotte, un deuxième anneau devient visible, la "Garstufe 2" est atteinte, une pression plus élevée qui permet de cuire les mets plus solides comme la viande, les pommes de terre, le chou ou les plats en sauce. Notre cuisinier allemand dispose donc de deux niveaux de réglage.
Regardons maintenant ce qui se passe dans la cuisine française. Écoutons plutôt ! Vous entendez ? La soupape commence à laisser échapper de la vapeur, on dit qu‘elle chuchote. Notre cuisinier peut maintenant régler la pression à l’intérieur de la cocotte : soit il baisse la température et laisse juste chuchoter la soupape qui restera immobile ou tournera très lentement, soit il peut attendre que la pression monte en laissant tourner la soupape de temps à autre, soit il augmente carrément la pression en faisant tourner la soupape comme un gyrophare, et en la laissant cracher la vapeur en permanence, ce qui s’accompagne d’un bruit caractéristique. Cette soupape, les Français lui donne souvent un petit nom : le bidule, le bitoniau, ou encore le titoulet.
Les Français ne cessent de vanter les bienfaits de LEUR soupape qui ne s’use jamais et indique toujours la pression de la même façon. Ils disent que la soupape allemande, elle, est montée sur un ressort qui, comme tous les ressorts, perd son élasticité en vieillissant et rend difficile un réglage exact de la pression. Les Allemands, eux, disent qu’on ne s’entend plus dans une cuisine française et que ce n’est pas parce que soit-disant un Français, Denis Papin pour ne pas le nommer, a inventé la locomotive à vapeur – ce que d’ailleurs les Anglais contestent – qu’il faut confondre cocottes et locomotives. Bref, un sujet de querelles incessant, un drame interculturel poignant… Bon… dans un cas comme dans l’autre, les pommes de terre sont cuites.







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