Pierre est en visite à Hambourg, il aimerait découvrir la ville. Muni d’un plan prêté par un ami allemand, notre ami français se met en route le cœur léger, sûr de localiser rapidement les principaux monuments. Dès le premier carrefour, il décide de consulter le plan, il l ’ouvre d’un geste décidé et... "ça alors !" ? Le plan s’ouvre tout à fait normalement, mais à l'intérieur, il règne un chaos indescriptible. Le papier semble avoir été plié dans tous les sens, sans aucune logique.Pierre essaie de mettre un peu d'ordre dans ce fouillis. Mais dès sa première tentative, le plan lui oppose une ferme résistance, et finit par se déchirer bruyamment. Soucieux de ménager le plan de son ami, Pierre redouble de prudence pour le deuxième essai. Cet étrange pliage semble quand même répondre à une certaine logique... Soudain, ça fait tilt : les nombreux plis servent à feuilleter la carte non seulement de gauche à droite, mais aussi de haut en bas. Mais à quoi cela sert-il ? Le plan que Pierre tient en main est un petit miracle de la technique. C'est un "Falkplan", au pliage breveté.
Il porte le nom de son inventeur, Gerhard Falk. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, celui-ci décida de fabriquer un plan compact de Hambourg dont la taille ne changerait pas lors de l'utilisation. Même ouvert, on pourrait le caler facilement sous le bras, dans un sac à main, ou sur le volant d’une voiture. Voici le résultat de ses recherches: une feuille d’un seul tenant pliée selon une technique tellement complexe que, jusqu’au milieu des années 80, aucune machine n’était capable de réaliser ce pliage et que chaque plan devait être plié à la main. Ce pliage conduit néanmoins notre ami français au bord du désespoir. Pour arriver à destination, il doit déplier deux fois vers le haut, rabattre, tourner une fois à droite, puis deux fois vers le haut, rabattre encore, et deux fois vers le haut, rabattre, re-déplier deux fois vers le haut, puis une fois vers le bas, retour à la case départ, et enfin une fois vers la droite et une fois vers le haut... Stop ! C’est vraiment trop compliqué !
Pierre ne voit pas d’autre solution que de déplier entièrement le plan. Un rien embarrassé par cette soudaine avalanche de papier, il se remet en route... Tout irait pour le mieux, si la carte n’avait pas une autre spécificité : l’échelle variable… Après 1945, les forces d’occupation américaines ont imposé aux cartes civiles allemandes un format maximal de 60 par 40 cm. Impossible, dès lors, de réaliser le plan détaillé d'une ville entière, tout en y faisant figurer l'ensemble des rues du centre-ville.
Heureusement, Gerhard Falk eut a nouveau une idée de génie. Le dédale de rues du centre-ville est représenté à grande échelle. Puis celle-ci diminue progressivement à mesure que l’on s’approche des quartiers périphériques, au réseau de rues moins dense. Ce système existe toujours aujourd’hui. Il se reconnaît à ces lignes légèrement courbes qui quadrillent le plan. Pour notre pauvre ami, cela signifie en clair : même s’il a déjà parcouru sur le papier la moitié du chemin, la deuxième moitié est en réalité deux fois plus longue...Chers téléspectateurs de Karambolage, vous vous sentez aussi déboussolés que notre ami français ? Rassurez-vous : aujourd’hui, la société Falk édite également des plans de ville avec pliage traditionnel - et sans échelle variable. Vendus à des millions d’exemplaires, les plans Falk couvrent pratiquement toutes les villes allemandes, mais aussi Jérusalem, Tokyo et Paris.







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