Je vais vous parler d'un objet que j'ai dans mon placard de cuisine, un peu caché derrière une pile d'assiettes. Un objet qu'on trouve dans beaucoup de foyers en Allemagne, mais très rarement en France. De toute façon, c'est quasi imprononçable pour un Français. Ecoutez: "Stövchen". Allez-y, essayez : "SCHHTSCHÖTSCHSCHN" ? Encore une fois, "SCHHTSCHÖTSCHSCHN", oui. Enfin presque. Comment le traduire ? C'est simple : à Francfort, on appelle un Stövchen : "réchaud". Ce qui donne, avec l'accent : "Reschscho" Il existe même un diminutif : "rechaudsche". Bref, le meilleur endroit pour un Français qui voudrait acheter un Stövchen, ce serait Francfort.Mais, est-ce qu'un Français en a besoin ? On va voir. Ne confondez pas le Stövchen avec un vulgaire chauffe-plat : Un Stövchen possède une seule bougie et nous sert uniquement à garder le café bien au chaud. Il y a des Stövchen modernes, des raffinés, des plutôt natures, des carrés, des ronds, et il y a le mien, un peu cassé, mais je l'adore. Je l'ai hérité de ma grand-mère. Et pourtant, je ne m'en sers pratiquement jamais. Je ne m'en sers pas parce que j'habite en France, ce pays latinisant où l'on boit son café express bien serré en une gorgée après le repas. Ca n'est pas comme chez nous, dans nos pays nordiques et froids, ces pays où la brume et la grisaille nous poussent à nous rapprocher, à conjurer, dans un effort commun, l'hiver, la neige, le vent, la pluie, la grêle, la solitude.
Pour résister à tout ça, nous les Allemands, il nous faut le Kaffee und Kuchen, le goûter des adultes, et comme il faut bien compter deux ou trois heures pour se raconter tout sur les voisins et pour finir le gâteau, vous comprenez pourquoi le Stövchen nous est indispensable. . . Il trône, là, au milieu de la table du salon et grâce à lui, à sa petite flamme, tout devient gemütlich, schön gemütlich : expression intraduisible qui exprime notre tendance à nous, les Allemands, à vouloir être bien au chaud, bien confortables. C'est pour ça qu'on a le Stövchen. Il est peut-être un peu vieillot, mais il nous fait du bien. Moi, je trouve que c'est un peu la continuation du feu de camp par d'autres moyens. Rien de moins. Il ne manque que la guitare et les chansons mélancoliques sur les pays lointains, la forêt allemande, l'amour romantique et le temps qui passe. Oui, il ne manque que ça. Et peut-être bien que ça me manque à moi.







Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter