Lorsque je suis arrivée en France, j’ai découvert que les Français possédaient tous un carnet de chèques. Ce chéquier est protégé par une pochette en plastique fournie par la banque ou parfois par une pochette en cuir. C’est plus chic. Il contient entre 25 et 50 chèques détachables. Ce carnet de chèques, le Français l’a constamment sur lui. Il s’en sert partout : dans les magasins, dans les restaurants, chez le médecin, à la station-service, au théâtre… Il envoie même ses chèques par la poste pour payer la facture de téléphone, le loyer ou les impôts.Impensable en Allemagne où on fait tout par virement. Admirative j’observais les Français sortir avec naturel leur joli carnet de chèques, remplir le chèque avec assurance, le signer avec grandiloquence, l’arracher avec délicatesse pour le poser dans un geste magnanime mais simple sur la table ou le comptoir. Cette façon de créer de l’argent virtuel en un tour de main avait un goût du grand monde.
En même temps, ça m’agaçait. Car le Français ne remplit pas un chèque uniquement pour des grandes sommes ! J’ai vu des gens faire des chèques pour des montants de 5, 6 ou 7 Euros. Et comme il faut généralement montrer une pièce d’identité chez le commerçant, celui qui paye par chèque au supermarché fait patienter tous ceux qui font la queue derrière, pendant que la caissière note scrupuleusement le nom, le prénom et le numéro de la carte d’identité au dos du chèque - tout ça pour un paquet de couches et un litre de lait.Au restaurant par contre, on pose son chèque juste dans une petite coupelle, puis on part. C’est propre et élégant. Je n’ai jamais vu un seul serveur demander une pièce d’identité à un client. En revanche, j’ai déjà vu la pancarte : "La maison n’accepte plus les chèques". Oui, parce que c’est bien joli de distribuer des bouts de papier avec des chiffres dessinés dessus, si le client n’a pas d’argent sur son compte, le commerçant y est de sa poche. C’est ce qu’on appelle un chèque en bois. En Allemagne, on a bien eu les Euroscheck, dont la limite était fixée à 200 Euros et qui ne fonctionnaient qu’accompagnés d’une carte, la Scheckkarte. C’était pratique pour voyager en Europe, mais ça ne s’est jamais imposé en Allemagne. D’ailleurs, ils ont été supprimés en 2002 Mais pourquoi est-ce que les Allemands n’utilisent pas ces chèques à la française si pratiques ?
Certains prétendent qu’ils n’en ont pas besoin, car, comme il y aurait soi disant moins de voleurs en Allemagne, on peut se promener avec de l’argent plein les poches. Ou bien les Allemands auraient-ils un rapport plus charnel à l’argent liquide ? Le côté abstrait du chèque leur ferait-il peur ? C’est possible. En 1912 en tout cas, les grandes banques allemandes ont été obligées de distribuer des cadeaux à leurs clients pour les inciter à utiliser des billets en papier à la place des pièces de monnaie.Ou est-ce qu’ils auraient-ils juste peur de la fraude… ? Peut-être. Il est clair qu’un chèque est une entreprise un peu risquée, et le risque, on n’aime pas trop ça en Allemagne. En tout cas, en vivant en France, on n’échappe pas au chéquier. Et le jour où j’ai eu le mien, j’étais assez fière de faire partie du club. Depuis, le fait de signer un chèque me donne toujours l’impression de faire partie du grand monde. Même si c’est pour un paquet de couches.







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