Corinne Delvaux enfourche maintenant son vélo pour nous présenter une vraie spécificité allemande, c’est parti !

Nous sommes à Berlin. Ça se voit quand même, il y a la "Fernsehturm" dans le fond. Bon, ce Monsieur est français et il est tout content parce que ses amis berlinois lui ont prêté un vélo pour visiter la ville. Super. Notre ami français s’apprête donc à enfourcher ce magnifique vélo hollandais comme on appelle ces confortables vélos bien stables sur lesquels on se tient bien droit. Mais, qu’est-ce qu’il fabrique ? Notre ami ne semble pas très à l’aise. On dirait qu’il a du mal à démarrer ? Qu’est ce qui se passe ? Ah, ah il y a un problème, apparemment rien ne cloche sur le vélo… Nouvel essai, on dirait que le vélo refuse de partir avec lui !

Bon, notre ami français est en train de comprendre que pour trouver son équilibre, il ne peut pas s’aider par des petits coups de pédale vers l’arrière, il ne peut pas non plus placer la pédale là où il le voudrait, non, elle refuse obstinément de reculer d’un centimètre. Notre ami français vient de faire connaissance avec une spécificité allemande, "die Rücktrittbremse", le frein à rétropédalage. Sur ce vélo, dès que l’on appuie un peu la pédale vers l’arrière, le vélo est freiné. Il s’immobilise instantanément. Ce système ne simplifie pas vraiment l’apprentissage du vélo… il ne permet pas de remettre aisément la pédale à la bonne place pour démarrer…

Ce système a été inventé en 1903 par un Allemand : Ernst Sachs. Regardez, n’est-il pas magnifique ? Son système équipe une bonne partie des vélos de ville allemands et scandinaves mais il n’a jamais réussi à s’implanter dans le Sud de l’Europe. Voici une très jolie publicité d’époque de la firme Fichtel et Sachs pour le frein à rétropédalage. Petite démonstration. Tout se passe dans le moyeu de la roue arrière. Voici le moyeu décomposé. Quand le cycliste pédale vers l’arrière, ce cône entre en contact avec ce cylindre et les deux s’imbriquant l’un dans l’autre exercent une pression sur l’intérieur du moyeu, ce qui freine le vélo. Ingénieux, n’est-ce-pas ? Des freins qui ne s’usent jamais et qui fonctionnent en toute circonstance. Même quand il fait un temps épouvantable : voyez par vous-même, il a beau pleuvoir des cordes, le système de freinage continue de fonctionner impeccablement, le vélo s’arrête pile-poil, ce qui vous en conviendrez n’est pas le cas avec de simples patins de frein.

Et voici une autre affiche d’époque, très jolie elle aussi, qui vante les qualités du frein à rétropédalage sur les routes de montagne. Nous nous permettons toutefois d’émettre quelques réserves : il confère en effet au vélo un certain poids qui n’aide pas, il faut le reconnaître, à grimper les cols. Mais, c’est surtout à la descente que se pose le problème : eh oui, l’usage du frein à rétropédalage n’est pas particulièrement indiqué en haute montagne. En effet, la surchauffe dans le cylindre peut mettre à mal le système de freinage...