Voici, à gauche, un monsieur français dans sa cuisine française et à droite un monsieur allemand dans sa cuisine allemande. Tous deux s’apprêtent à faire la vaisselle. Et tous deux utilisent à cet effet une bien jolie cuvette et une belle éponge. Notre ami français arbore une éponge jaune avec un grattoir vert, notre ami allemand arbore également une éponge jaune avec un grattoir noir.Mais à les regarder de plus près, nous voyons que ces deux éponges ne sont pas pareilles : regardez, l’éponge de notre ami français est assez fine, et sa structure est pleine de trous de taille variables, des petits, des gros. C’est une éponge en fibre naturelle, une éponge cellulosique. L’éponge de notre ami allemand, elle, est plus épaisse et sa structure est beaucoup plus homogène. C’est une éponge synthétique, les professionnels appellent ça une éponge en polyuréthane.
Eh bien, figurez-vous que 85 % des éponges vendues en France sont des éponges cellulosiques tandis que 90 % des éponges vendues en Allemagne sont des éponges synthétiques. Les Français boudent les éponges synthétiques, les Allemands boudent les éponges naturelles. Les Allemands trouvent les éponges en cellulose chères, ils n’ont pas tort : 25 centimes d’euro pour l’éponge synthétique contre 59 centimes d’euros en moyenne pour l’éponge cellulosique, battue sur ce plan là à plate couture.Mais surtout les Allemands aiment cette forme profilée, vous voyez, qui permet une bonne prise en main, l’éponge est comme une poignée, c’est commode et, détail ingénieux, cette forme permet de protéger les ongles. Une forme que l’on ne peut obtenir, hélas, avec la cellulose. Et puis, les Allemands ont l’impression d’en avoir pour leur argent car les éponges synthétiques étant beaucoup plus épaisses, elles leur semblent absorber beaucoup plus, c’est logique.
Là, vous le voyez, réaction immédiate et virulente de notre ami français qui semble piqué au vif. Regardez, le voilà qui demande à notre ami allemand de lui prêter son éponge pour se livrer à un petit test : attention, il va jeter les deux éponges en même temps dans la cuvette emplie d’eau … Observez bien : vous avez vu ? L’éponge en cellulose a plongé, elle s’est imbibée immédiatement d’eau, l’éponge synthétique flotte joliment à la surface de l’eau telle un petit canard sur une mare. Voilà ce que les Français reprochent aux éponges synthétiques : elles ne remplissent pas leur fonction première qui est quand même d’absorber l’eau !Notre ami est obligé de la presser, de la contraindre et même ainsi, elle absorbe beaucoup moins que l’éponge cellulosique qui absorbe elle par capillarité, par simple contact. C’est d’ailleurs parce qu’elle absorbe si vite l’humidité qu’elle est conditionnée sous plastique ! Notre ami allemand est bien obligé de reconnaître la supériorité de l’éponge cellulosique. Alors, pourquoi nos voisins allemands ne se précipitent-ils pas sur l’éponge cellulosique ? Eh bien, parce que c’est essentiellement en France que s’est développée dans les années 30 la cellulose végétale et qu’elle reste méconnue en Allemagne.
Et puis il y a un autre argument, regardez : entre-temps, nos deux amis ont fait leur vaisselle, moult vaisselle et regardez : l’éponge en cellulose est devenue un peu visqueuse, un peu flasque, collante tandis que l’éponge synthétique a gardé un aspect plus digne, elle vieillit mieux et ça, ça plait beaucoup aux consommateurs allemands…







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