Claudia veut s’acheter une robe. Elle fait un trente huit - en Allemagne. En France, elle fait un quarante. Sans grossir. C’est juste l’étiquette qui change. En Italie, la même Claudia porte un 44. Et en Angleterre, un 12 ou bien un 36, ça dépend. Vous l’aurez compris, les tailles de vêtements sont l’un des derniers bastions de l’anarchie en Europe. Mais comment arrive-t-on à autant de chiffres différents ?
En Allemagne, on part du tour de poitrine. Claudia a un tour de poitrine de 88 centimètres. On le divise par deux. Ça fait quarante quatre. Ensuite, on soustrait 6, voilà, ça fait 38. Pour les hommes, on se base également sur le tour de poitrine, mais on s’arrête après la division par deux. Ralf, avec son tour de poitrine de 100 centimètres porte donc un … ? 50 ! Bravo.Vous vous demandez pourquoi on retire 6 pour Claudia et pas pour Ralf ? Moi aussi.On m’a donné l’explication suivante : les fabricants de prêt à porter auraient inventé cette codification dans les années 50 par pure pruderie. Écoutez bien : ils voulaient éviter qu’on puisse déduire de l’étiquette de la robe le tour de poitrine de la demoiselle. Bon, il est vrai que prendre 38, rajouter 6 et multiplier par 2 juste pour voir si la dame a une belle poitrine, c’est un peu compliqué, mais bon, quand on n’ose pas regarder la demoiselle en face… Il n’y a pas que les Allemands qui soient prudes : en France, on divise aussi le tour de poitrine de la femme par deux, mais on ne soustrait que 4.
Avec le même tour de poitrine de 88 cm, une Claudia française porterait du 88/2 = 44 -4= 40. Pourquoi on retire 4 au lieu de 6 ? C’est que les Françaises étant en moyenne plus petites, un tour de taille et de hanches d’un 38 allemand correspondent à un 40 français. Vous me suivez ? Moi en tout cas, je ne me suis plus du tout.
Et les Anglais avec leur 12 ? Mystère et boule de gomme. Il paraît que c’est un chiffre purement conventionnel qui n’a pas de signification particulière. Tout ça, ça fait tourner la virée de shopping européenne de Claudia au casse-tête, mais ça pose surtout un problème aux multinationales de la confection et aux maisons de vente par correspondance. Car 50 % des retours sont dus à un problème … de taille.Pour y remédier, un comité européen de standardisation, le CEN/TC 248/WG 10, planche sur un système de codification qui serait valable pour toute l’Europe. Ça fait dix ans qu’il travaille là-dessus. C’est que c’est difficile. Comment formater tous ces Européens petits, gros, maigres, courts sur pattes, élancés, menus et ronds ? Et comment prendre en compte les intérêts des Françaises qui préfèrent porter moulant, là où beaucoup d’Allemandes, soyons honnêtes, s’en fichent un peu ? Pour l’instant, les experts des 28 pays de la commission ont réussi à s’entendre sur la façon de mesurer un corps.
C’est déjà ça. Pour les tailles communes, il faudra attendre encore un peu. Actuellement, c’est une proposition néerlandaise qui a le vent en poupe. Un code avec une lettre et deux chiffres. Par exemple : c pour le tour de poitrine, 8 pour le tour de taille et 4 pour la hauteur de la personne. Mais la France est opposée à ces propositions et de façon catégorique. C’est qu’en France, on pense que ces nouvelles étiquettes ne conviennent pas du tout à la silhouette de la femme française qui aurait bien sûr des proportions plus … idéales que ses copines européennes. C’est ce qu’on pourrait appeler le syndrome Brigitte Bardot. Les Français veulent donc attendre les résultats de leur grande campagne de mensuration de la population qui vient tout juste de s’achever. Et après seulement on verra. J’ai comme l’impression que Claudia n’est pas sortie de l’auberge…







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