Emission du 16 novembre 2008 - 16/11/08
la tradition : le "Schützenverein"
Nikola Obermann nous fait découvrir une tradition très, très allemande, le Schützenfest, la fête des tireurs.
Regardez un peu cet Allemand. Cet homme a descendu l’oiseau, enfin en bon français, on dirait "il a décroché le pompon". En allemand, l’expression "den Vogel abschießen", descendre l’oiseau, signifie qu’on a accompli quelque chose de grand, qu’on se distingue de la masse, autrement dit : qu’on a surpassé tous les autres, soit en bien par une action d’éclat soit en mal par une gaffe monumentale. Ici, ce fier citoyen allemand a "descendu l’oiseau" – au sens propre du terme. Cet oiseau-ci … avec un vrai fusil. Car cet homme est "Schützenkönig", le roi des tireurs. Un titre très glorieux Outre-Rhin. Dans la même famille, on trouve le "Schützenfest" et "Schützenverein".
En Allemagne, presque tous les villages ont leur Schützenverein – il s’agit d’une société de tir qui se réunit régulièrement pour des séances d’entraînement. Chaque année, le Schützenverein organise une fête appelée "Schützenfest". Pendant plusieurs jours, on boit, on mange, on boit, et on reboit et comme ça, on perpétue la tradition. Tradition qui varie d’une région à l’autre : retraite aux flambeaux, procession jusqu’au cimetière ou tour du village avec des fusils en bois.
Le Schützenkönig sortant est fièrement trimballé dans le village avec toute sa cour. On agite des drapeaux, on tient des discours, on arbore uniformes, aigrettes et écharpes. Ensuite, place à l’épreuve de tir ! Une épreuve capitale, car elle sert à désigner le "Schützenkönig", le roi des tireurs. Les tireurs prennent pour cible un oiseau de bois fixé au bout d’une perche. Il s’agit maintenant de le déchiqueter ! Il faut savoir que ce n’est pas forcément le meilleur tireur qui devient roi, mais celui qui réussit à faire définitivement tomber l’oiseau ou ce qu’il en reste. C’est pour ça qu’on dit en allemand "den Vogel abschießen", descendre l’oiseau pour désigner un exploit. Des uniformes, des flambeaux, des fusils… On est en plein militarisme ?! Le fait est que ces sociétés de tir ont souvent mauvaise réputation en Allemagne. Mais penchons-nous sur l’origine de ces "Schützenvereine".
Au Moyen-Âge, tireurs à l’arbalète et tireurs à l’arc se regroupent pour défendre leur ville. Comme de juste, cette guilde bénéficie de nombreux privilèges, elle a notamment le droit de rencontrer d’autres sociétés de tir et d’organiser des concours. Ces manifestations prennent rapidement un caractère de fête populaire, mais en fait, elles poursuivent un but bien précis : c’est que la franchise d’impôts d’un an accordée au vainqueur se révèle une merveilleuse source d’émulation, les habitants s’entraînant au tir même en temps de paix. Si les sociétés de tir ont perdu leur fonction militaire au fil du temps, les villes n’ont pas réussi à se passer complètement des milices armées. Pendant les guerres contre Napoléon, la révolution de 1848 et la période qui a précédé la création du Reich en 1871, on a vu apparaître de très nombreuses sociétés de tir. Ces sociétés étaient souvent progressistes et militaient ouvertement pour l’unité allemande.
En France, pays centralisé, ces regroupements n’étaient pas nécessaires. Car les Français se sont dotés d’une armée structurée dès la fin du XVIIe siècle, sous Louis XIV. La première armée allemande unifiée s’est formée bien plus tard… en 1919. Ceci explique sans doute pourquoi l’Allemagne compte à l’heure actuelle plus de 15.000 sociétés de tir. Les Français, eux, s’entraînent au tir dans de simples clubs de sport. Sans uniformes ni trompettes.
Texte : Nikola Obermann
Image : Philipp Seefeldt
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DVD 7
Edité le : 14-11-08
Dernière mise à jour le : 16-05-12