Attention, suivez-moi bien, ne vous égarez pas dans le dédale... Nous y sommes : nous voici au seuil de la chambre de bonne, cette spécialité parisienne du dernier étage des beaux immeubles... Mais, avant d'y pénétrer, livrons-nous à un petit rappel historique : au dix-neuvième siècle, le baron Haussmann transforme Paris en une capitale moderne de façon radicale. Sans scrupules, il fait raser nombre de vieux quartiers et trace de larges avenues. La raison ? Les fréquents soulèvements populaires : il faut que les troupes puissent intervenir rapidement.
Il édifie le long de ces nouveaux axes de beaux immeubles de pierre de taille, de 6 à 7 étages aux façades caractéristiques. Les familles bourgeoises y vivent dans de vastes appartements. Le personnel, composé au minimum d'une femme à tout faire, la bonne, est logée à part, sous les toits, dans les fameuses chambres de bonnes. Mais comment y accède-t-on ? Non, pas par la porte principale, vous n'y pensez pas ! C’est souvent une petite porte sur le côté qui dessert l'entrée de service. La dominante maronnasse des peintures caractérise l'escalier de service. Pourquoi repeindre un escalier qui ne sert qu’aux domestiques pour passer directement de l’office à leur chambre.
Allez, encore un petit effort, on est déjà au cinquième étage, il n'y en a plus qu'un à grimper. Et voilà ! Ah, si la chambre ne donne pas sur la cour intérieure, la vue est splendide ! Mais la première chose qui saute aux yeux, c’est l'exiguité. Une chambre de bonne est petite, très petite; entre 6 et 9 mètres carrés, au maximum 12. Et encore au sol. Ceci exige naturellement une économie de mouvement exemplaire car la chambre de bonne est tour à tour salon, chambre, salle à manger, salle de bain et cuisine. L'eau n’y est pas toujours installée : il faut parfois aller la chercher au robinet d'eau froide au fond du couloir à côté des toilettes collectives...
La deuxième chose qui caractérise la chambre de bonne, c’est la température. Ah, ces fameux toits de zinc gris qui confèrent à Paris ce cachet unique, chanté par les poètes ! Allez vivre dessous :L'hiver : on gèle sous les toits parisiens.
L'été : on étouffe sous les toits parisiens.
Evidemment, vous aurez vite deviné qui vit aujourd'hui dans les chambres de bonne : les éternels fauchés : les étudiants, les filles au pair, les artistes, les immigrés et même parfois des familles entières. Grand mélange cosmopolite, pauvreté passagère et pauvreté installée se côtoient, ignorées le plus possible par ces familles bourgeoises qui habitent juste en dessous dans les magnifiques huit pièces à moulures et stuc et qui soupirent quand, levant de temps à autre les yeux vers le toit de leur immeuble, cette fichue réalité sociale se rappelle à leur bon souvenir.







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