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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 22 mars 2009 - 22/03/09

le monument : le "Völkerschlachtdenkmal"

Luisa Jendrek se propose de nous guider dans la visite du plus grand monument historique allemand, le Völkerschlachtdenkmal, situé dans la Sachse à proximité de Leipzig.

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Voici le Völkerschlachtdenkmal, un ouvrage architectural inconnu des Français. Normal, il est en Allemagne. Mais de nombreux Allemands sont eux aussi en train d’écarquiller les yeux. Car c’est la triste réalité : le plus grand mémorial d’Europe est aussi l’un des monuments les plus méconnus au monde.

Le Völkerschlachtdenkmal, inauguré en 1913 par l’empereur Guillaume II, commémore un événement qui a eu lieu exactement 100 ans plus tôt près de Leipzig : la bataille des Nations, le plus grand carnage que le monde ait connu jusque-là. Cinq cent mille soldats représentant une trentaine de nations et de peuples différents y ont combattu. Une immense armée, composée de Suédois, de Prussiens, de Russes et d’Autrichiens, écrase en 1813 rien moins que Napoléon en personne, mettant un terme à plusieurs années de domination française en Europe. Un événement de taille qui ne pouvait être glorifié que par un mémorial de même nature.

Le projet est donc confié au spécialiste des monuments commémoratifs mégalomaniaques : l’architecte Bruno Schmitz, à qui l’on doit aussi la statue équestre de Guillaume 1er au Deutsches Eck. Les fidèles téléspectateurs de Karambolage connaissent ça par cœur.
Au premier abord, le Völkerschlachtdenkmal ressemble à une sorte de pyramide ratée. Au deuxième abord aussi. Les historiens de l’art sont tous d’accord là-dessus : l’œuvre ne séduit ni par ses proportions harmonieuses ni par l’élégance de ses détails. En bas se dresse la gigantesque statue de l’archange Michel, patron des soldats, surmontée de l’inscription "Dieu avec nous".  Tout en haut, 12 chevaliers, disposés en cercle, veillent sur la liberté avec une mine patibulaire. Entre les deux : la date de la bataille et un désert de pierre.

Pas de doute, le Völkerschlachtdenkmal n’est pas beau. Mais il est grand : 70 mètres de long, 80 mètres de large et 91 mètres de haut. A côté de lui, d’autres ouvrages comme la colonne de la Victoire, la porte de Brandebourg à Berlin, Notre Dame, le Sacré Cœur ou l’Arc de triomphe à Paris paraissent tout riquiqui. A l’intérieur, dans ce qu’on appelle le temple de la gloire, 16 guerriers de pierre gardent un tombeau symbolique. Au-dessus trônent quatre colosses musclés de près de 10 mètres de haut. Ils incarnent depuis près d’un siècle les vertus cardinales du peuple allemand : "Tapferkeit", bravoure, "Volkskraft", vigueur, "Opferfreudigkeit", esprit de sacrifice et "Glaubensstärke", piété.

Aussi inesthétique soit-il, le Völkerschlachtdenkmal est trop imposant pour être ignoré. Les Allemands s’en sont donc accommodés. Sous le troisième Reich, le colosse de pierre semble taillé sur mesure. Les nazis en font un lieu de culte dédié aux soldats, à la discipline et au sacrifice. Avec la création de la RDA, le Völkerschlachtdenkmal reprend du service en tant que symbole de l’amitié germano-soviétique. Pourquoi ? Parce ce que ce sont les soldats russes qui ont payé le plus lourd tribut en 1813.

Après la réunification de l’Allemagne, on ne sait plus trop quoi faire de ce mémorial nationaliste que les touristes n’intègrent que rarement à leur programme de visites.
Mais le capitalisme viendra à la rescousse : les concerts rock et autres concerts de musique gothique font souffler un vent nouveau sur ce lieu chargé d’histoire. Eh oui, le Völkerschlachtdenkmal aura mis 100 ans à trouver sa véritable vocation.

Texte : Luisa Jendrek
Image : Philipp Seefeldt



le monument : le "Völkerschlachtdenkmal" est disponible sur le DVD 7

Edité le : 20-03-09
Dernière mise à jour le : 16-05-12


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