Je me souviens qu’à l’âge de douze ans, j’ai dû apprendre par coeur la ballade de Goethe, "Le roi des aulnes". Quel travail ! Mais j’ai découvert à cette occasion qu’en me promenant de long en large dans ma chambre tandis que je me remémorais tous ces vers, ma tâche était grandement facilitée. Ballade, en allemand "Ballade" : c’est le même mot dans les deux langues. Il désigne un long poème en vers, le thème en est souvent héroïque ou historique.
Bon, ce mot "ballade" a des liens avec le verbe italien "ballare", "danser", et "ballada" en ancien provençal désignait une chanson à danser. Voilà, ces chansons sont à l’origine du poème appellé ballade. Mais en français, il y a un autre mot presque pareil : "balade", avec un seul "l". Il désigne une promenade. Quand j’ai appris ce mot "balade" – promenade, je me suis demandé quel lien il pouvait bien avoir avec la ballade-poème. Un poème qui se promène ? Impossible, pensais-je. Mais d’où vient donc ce "balade-promenade" ?
Transposons-nous dans une ville médiévale. Des jongleurs et des mendiants déambulent dans la ville en chantant, ils chantent des ballades. Voilà pourquoi, au Moyen-Âge, "ballader" signifiait "circuler en chantant". On l’écrivait parfois avec deux "l", parfois avec un seul "l" – à l’époque, les règles de l’orthographe étaient encore bien floues, on jonglait un peu avec les lettres. D’ailleurs, on appelait aussi le jongleur un "baladin". Aujourd’hui, "se balader" signifie tout simplement "se promener". Et donc, qu’est-ce que je faisais avec le Roi des Aulnes ? J’apprenais la ballade de Goethe - en faisant une balade.
Un magazine de Claire Doutriaux
Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.







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