Imaginez que vous soyez un homme de Cromagnon ! C’est le soir, vous êtes bien chez vous dans votre caverne, le feu de camps vous réchauffe et éclaire un peu la nuit noire. Mais tout à coup, vous entendez un bruit : quelqu’un arrive. Maintenant, il y a deux possibilités : Ou bien c’est une personne paisible qui cherche un abri et qui a peur que vous ne la chassiez. Ou bien c’est quelqu’un qui cherche à vous nuire, qui veut voler vos vivres et, si nécessaire, votre vie. Maintenant, quoi faire sans savoir si ses intentions sont bonnes ou mauvaises ? Je prétends que cette situation là est à l’origine d’un fait culturel des plus anciens : l´hospitalité – en allemand : "Gastfreundschaft" - "Gast", hôte, "Freund", ami – "Gastfreundschaft" : l’amicalité pour un hôte.
Cette hospitalité est donc nourrie par une ambivalence archaïque : Si l’autre a besoin d’un abri, vous, l’homme de Cromagnon, vous le lui offrez parce que vous connaissez sa situation et sa peur. S´il vient pour vous aggresser, ce que vous ne pouvez pas savoir, vous l’invitez gentiment pour tenter de l’adoucir et d’en faire votre ami. Cette ambivalence se reflète dans les mots pour cette situation. Dans "hospitalité", vous avez le mot latin "hostis", qui veut dire étranger, mais aussi – ennemi.Le mot français, "hôte" désigne à la fois celui qui est accueilli, "Gast", l’invité, et celui qui accueille – en allemand, "Gastgeber", qui veut donner, geben, l’hospitalité. Aussi le mot anglais, "host" signifie les deux, le fait d’être accueilli et d’accueillir. Peut-être cela est-il dû au fait que les deux pareillement sont des étrangers, l’un pour l’autre, l’homme de Cromagnon et celui qui arrive de dehors.







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