Dans les années cinquante et soixante, les travailleurs immigrés sont arrivés en grand nombre en Allemagne, et les Allemands se sont vus confrontés à des coutumes alimentaires inconnues pour eux car, à cette époque, la cuisine internationale n’avait pas encore conquis l’Allemagne. Peu amènes, ils ont appelé les Italiens "Spaghettifresser" – bouffeurs de spaghettis. Heureusement, aujourd’hui nous sommes tous des mangeurs de pasta – et de shish kebab, de falafel et de bien d’autres bonnes choses.Les Anglais, qui, soit dit en passant, vous appellent parfois vous, les Français : "the frogs" - les grenouilles, à cause de votre singulier appétit pour les cuisses de batraciens, nous appellent encore aujourd´hui, nous les Allemands - dans un étonnant conservatisme de préjugés : "The krauts". Kraut – c´est un mot allemand, qui désigne le chou. Évidemment, le légume classique allemand, c’est, non, c’était jadis le chou et la choucroute.
Le mot Kraut se trouve aussi dans Sauerkraut "choucroute" et en italien "choucroute" c’est "krauti" d’après ce même mot allemand. Ah la choucroute, Sauerkraut signifie "chou acide" "choux fermenté" mais d’où vient le mot français choucroute, croûte de pain ? Croûte du fromage ? Non, c’est en Alsace qu’il faut chercher la solution. La langue alsacienne est connue pour ses formes à la fois françaises et allemandes. Et sur un marché alsacien, j’ai souvent entendu la poissonnière saluer ses clients par "Bonjour, ça geht’s ?" au lieu de "ça va ?".En alsacien, chou, "Kraut", c’est "chruut" – et prononçé à la française, ça donne "croûte". Le "Sauerkraut" français, c’est donc un double chou – "chou-chruut" "chou-croûte" ; le chou français doublé par le chou allemand : voilà le secret de ce plat typique – et souvent délicieux - de la cuisine alsacienne, la choucroute.







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