Voici ce que m’a raconté un ami allemand au retour de son premier voyage en France : Tout à son bonheur de rouler enfin sur les routes du pays des bonnes tables, il aperçoit l’écriteau : "BOUCHON,15 km". Sa femme qui a des notions de français, comprend spontanément "bouchon de bouteille" et les voilà ravis à l’idée d’un très prochain arrêt à une dégustation de vin – quoi d’autre ?Rien d’étonnant, donc, à ce que la circulation ralentisse, voire s’arrête complètement, si bien que la femme peut obtenir de la voiture voisine la confirmation de ses attentes : "c’est un EMBOUTEILAGE !" lui dit-on. Il est donc effectivement question de "bouteille", et on est bel est bien à deux pas du producteur en personne ! Erreur ! Ce que mes chers amis allemands ignoraient, c’est que les Français adorent les métaphores gastronomiques. Pour un français, rien de plus naturel donc que d’appeler un ralentissement, voire un arrêt de la circulation "bouchon" et l’obstruction routière aux heures de pointe et aux retours de week-end un embouteillage. Les Allemands, eux, se servent d’un terme plus technique et aussi plus sobre si je puis dire.
Le "bouchon" dont nous parlons s’appelle chez eux "STAU". Un mot qui désigne au sens propre la "retenue d’eau". Celle qui se fait à des fins énergétiques au moyen d’un STAUDAMM, d’un "barrage". Quand tout va bien, autrement dit quand "ça roule", les métaphores utilisées dans les deux langues semblent se rejoindre : le "flüssige Verkehr" des Allemands correspond exactement à "la circulation fluide" des Français. Sauf que l’essentiel, c’est-à-dire la nature du liquide ainsi suggéré n’est pas la même d’un pays à l’autre.







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