Waltraud Legros, notre linguiste autrichienne, nous invite aujourd'hui à réfléchir à l'origine du mot " Boulevard ".

Longtemps je ne me suis pas posée de questions sur le mot BOULEVARD. Un mot très français, très parisien, un mot qui danse. Jusqu'au jour où j'ai entendu dire "Boul'Mich". Un charme était rompu, et j'ai voulu savoir ce que "boulevard" voulait dire, vraiment. Ma méthode un peu simpliste - mais très germanique - de découper le mot en syllabes et donc en unités de sens m'a laissée perplexe : BOULE- VARD ? Du coup, il n'y avait plus de sens du tout !

J'ai donc consulté le dictionnaire, et là, surprise : le mot boulevard vient directement de l'allemand "Bollwerk" oui, "Boll - werk" un ouvrage, une construction "Werk" fait de troncs ou de madriers "Bohlen", autrement dit un rempart. Les Français ont importé le vocable allemand et ont prononcé "Bollwerk" à leur manière : boulevard. Ils ont dû aussi adopter la technique allemande, car au 18ième et 19ième siècle, les boulevards étaient effectivement des sortes d'enceintes construites en bois, destinées à délimiter et à protéger les villes. Ce qui explique d'ailleurs la forme le plus souvent circulaire des boulevards. Mais bon, les villes ont grandi, on a remplacé les remparts par des larges voies où à en croire la chanson il fait bon flâner et prendre un verre à l'ombre des platanes.

Évidemment, plus personne aujourd'hui n'établit un rapport entre "boulevard" et "rempart". Et pourtant : les "pièces de boulevard" existent bien encore, ces comédies populaires destinées à divertir les habitants de la banlieue. Et les Allemands, d'ailleurs, se sont réapproprié le vocable - en français cette fois - et parlent de "Boulevardpresse", la presse à scandale qui se vend dans la rue le soir.