C’est une histoire vraie. C’est celle d’un jeune Français, un artiste-peintre qui est installé depuis peu de temps en Allemagne. Comme, hélas, il ne vit pas encore de son art, il fait le ménage le soir dans un cabinet médical pour subvenir à ses besoins. Un soir, quand il arrive, il trouve un petit mot de la secrétaire médicale : "Bitte vergessen Sie die Lamperien nicht!". S’il vous plaît, n’oubliez pas les "Lamperien!" Le problème, c’est que notre jeune Français, même s’il a une bonne maîtrise de l’allemand, ne sait pas ce que veut dire le mot "Lamperien".Comme il n’est pas idiot, il se dit : Lamperien, c’est très proche de "Lampe", il doit s’agir des lampes ou des abat-jour. Donc, il époussette avec un soin particulier les lampes et les appliques. Le lendemain soir, quand il revient, il trouve un nouveau petit mot de la secrétaire : "Sie haben schon wieder die Lamperien vergessen!" Vous avez encore oublié les "Lamperien!". Mais cette fois, il sent que l’épaisseur du trait et la nervosité de l’écriture traduisent un agacement certain. Il cherche donc dans le dictionnaire de la langue allemande, le Wahrig qui trône derrière le bureau du médecin le mot "Lamperie". Il n’y est pas.
Qu’à cela ne tienne, il brosse encore mieux les lampes et les abat-jour, il astique les appliques avec ardeur, bref quand il quitte le cabinet, il est sûr que cette fois, on le félicitera pour son travail. Las, un coup de fil le lendemain matin lui fait perdre ses illusions : Les "Lamperien "sont toujours sales et la secrétaire est très énervée. En fait, il ne s’agissait pas du tout des lampes, non, non, il s’agissait de tout autre chose, il s’agissait des plinthes, que l’on appelle en allemand généralement "Leiste", "Fussleiste".Le mot "Lamperie", lui, est un mot plus familier. On entend parfois aussi "Lambrie" ou "Lamberi". Les Français auront reconnu l’origine du mot : le lambris. Le mot désigne un parement de bois, de marbre ou autre dont on revêt les murs d’une pièce. En allemand, on dit "Vertäfelung". Probablement les lambris et le mot lambris ont-ils été importé en Allemagne au 18ième siècle lorsque Frédéric le Grand fit construire le château de Sans-Souci à Potsdam à l’image du château de Versailles. Parallèlement, le mot apparaît à Vienne : c’est que François premier, duc de Lorraine, le mari de l’impératrice Maria-Theresia est d’origine française et il s’entoure, lui aussi, d’artisans français. Peu à peu, les nobles "Lamberien" ont rétréci. Ne restent que les pauvres "Lamperien", les plinthes, qui, comme chacun sait et entre-temps tout particulièrement notre jeune peintre, sont de vrais ramasse-poussière…







Envoyer à un ami

RSS
Facebook
Twitter