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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 6 septembre 2009 > le quotidien : le "Kulturverein"

Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Emission du 6 septembre 2009 - 06/09/09

le quotidien : le "Kulturverein"

Tonguc Baykurt est turc. Depuis l’âge de 14 ans, il vit en Allemagne, à Hambourg. Il est réalisateur et écrivain. Aujourd’hui, il nous invite à découvrir un lieu très important : le "deutsch-türkischer Kulturverein".

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Lors d’un séjour en Allemagne, il vous est certainement déjà arrivé de voir des Turcs attablés en train de jouer au backgammon. "Deutsch-Türkischer Kulturverein"– Association culturelle germano-turque : ces mots sur la vitrine s’étalent avec ostentation, même s’il n’y a pas un seul Allemand. Personnellement, je trouve qu'il est temps que ça change. Je vous invite donc à entrer. Allez, venez !

Bienvenue au "Kültürverein", comme on dit dans notre langue colorée qui mêle l’allemand et le turc. Asseyons-nous à une table couverte de feutre vert et commandons-nous à boire. Vous voulez une bière ? Oh, je suis vraiment désolé, il n'y a pas de boissons alcoolisées, c’est interdit par l'islam. Ici, nous buvons presque tous du thé noir. Vous voyez le samovar qui bouillonne dans son coin ? Sept jours sur sept, on y prépare du thé du matin au soir.

Si l’air est très enfumé, ce n’est pas à cause du samovar. Et oui, nous aimons tous fumer et gardons toujours portes et fenêtres fermées, été comme hiver. Pourquoi ? Parce que cette chaleur douillette nous est agréable. L’interdiction de fumer ? Ça ne s’applique pas ici. Car comme je vous le disais tout à l'heure, ce n'est pas un café mais une association. Autrement dit : on peut fumer, jouer, écouter de la musique, manger et boire sans que le gérant ne soit tenu de faire une demande de licence. Et comme il ne paie pas la taxe professionnelle, le thé est bien moins cher qu'ailleurs. 

Ah, nos thés sont déjà prêts ! Attention, ne vous brûlez pas les doigts ! Ces petits verres à bord doré sont souvent très très chauds. C’est trop amer ? Sachez que notre boisson nationale se déguste avec beaucoup de sucre. Voilà, remuez… et ? Hm ! Vous vous tortillez sur votre chaise ? Votre siège en plastique blanc serait-il bancal ou inconfortable ? J’y suis : vous avez faim. Vous voulez qu’on commande un kebab, un "lahmacun" ou un "börek"à côté ? Le kebab du coin est de mèche avec notre association. Tout le monde va y chercher son kebab pour le manger ici.

Maintenant que vos yeux se sont habitués à la lumière crue des néons, vous avez certainement remarqué la tenture murale, dans le plus pur style des années cinquante. Et comment trouvez-vous celle qui représente le pont du Bosphore ? C’est un habitué qui nous l’a rapporté du pays. À côté : le portrait d’Atatürk, fondateur de la Turquie moderne. Quant aux drapeaux allemands et turcs accrochés juste en dessous, ils datent de la dernière coupe d’Europe. Après l’élimination des Turcs, nous avons évidemment mis un point d’honneur à soutenir l’équipe d’Allemagne.

Petite précision : cette pendule murale n’est pas d’époque. Nous l’avons achetée au magasin turc d’import-export d’à côté. Histoire de ne pas oublier l’heure, quand nous nous adonnons à notre activité préférée jusque tard dans la nuit : le jeu de carte. Dans le feu de l’action, nous abattons bruyamment nos cartes en parlant fort. Vous pensez que ça va castagner ? Rassurez-vous, c’est juste notre tempérament. Que nous discutions à bâtons rompus ou que nous regardions un match, nous sommes toujours très bruyants. C’est peut-être pour ça qu’aucun Allemand n’entre ici.

Certains vous diront que notre "Deutsch-türkischer Kulturverein" est un salon de thé qui ne dit pas son nom, un cercle réservé aux hommes, un paradis fiscal pour hommes d’affaires turcs. Sachez que c’est faux et réducteur ! On vient ici pour échanger des nouvelles, parler politique, disserter sur Dieu et le monde… ou tout simplement pour la musique de la langue. On y rit, on y souffre. C’est une tranche de vie, un petit morceau de Turquie en Allemagne.

Pardon ? Pourquoi il n’y a pas de femmes ici ? C’est une vieille tradition. Nos femmes préfèrent prendre le thé à la maison. Enfin, c’est ce que je crois. Mais peut-être devriez-vous leur poser la question directement…

Edité le : 04-09-09
Dernière mise à jour le : 16-05-12


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