Un ami allemand, en visite à Paris, dort chez moi. Le lendemain, il se lève tôt et va acheter les croissants. En revenant, il fait une tête comme s’il venait de voir un ovni. "Il a plu, mais les voitures ne sont pas mouillées !" me dit-il, stupéfait. "Mais non, il n’a pas plu" lui dis-je "on a juste lavé la rue." Eh oui, dans les grandes villes françaises, on ne se contente pas de balayer, on lave les trottoirs à l’eau, avec des machines qu’on appelle avec beaucoup de bon sens laveuses de trottoir ou laveuses de chaussée.
La petite laveuse grimpe sur les trottoirs. L’eau est projetée par une rampe, fixée sur le devant et pilotée de l’intérieur à l’aide d’un joystick, comme dans un jeu vidéo. La grande laveuse de chaussée reste, comme son nom l’indique, sur la chaussée. Le conducteur et le lancier doivent veiller à être bien synchrones : le lancier marche sur le trottoir sur lequel il projette de l’eau à haute pression pour que déchets et autres traces de pipi de chien soient emportés dans le caniveau. Le véhicule, lui, envoie de l’eau sous les voitures pour nettoyer la chaussée. Le travail du lancier demande une certaine adresse, puisqu’il doit éviter les panneaux de circulation, veiller à ne pas rayer les voitures, ni asperger les piétons sur son chemin.
Et que se passe-t-il maintenant avec tous ces déchets dans le caniveau ? Regardez, les éboueurs ont pris soin d’ouvrir les bouches d’eau pour que l’eau les entraîne jusqu’à la bouche d’absorption qui est couverte d’une grille. Et pour être sûrs que l’eau aille dans la bonne direction, ils utilisent parfois ces magnifiques chiffons de barrage, des rouleaux de tissus ou de moquette, qui dirigent le flot vers la droite ou vers la gauche. Enfin, les éboueurs, munis de balais, récupèrent les plus gros déchets sur la grille. Du gaspillage ? Rassurez-vous, on n’utilise pas d’eau potable. Cette eau, qui alimente aussi les citernes des laveuses, vient, par exemple à Paris, de la Seine. Après utilisation, elle disparaît dans les canalisations, passe par un centre de traitement des eaux usées et retourne à la Seine.
En été, j’adore sortir le matin quand les trottoirs sont encore mouillés, avec des petites flaques d’eau par-ci par-là. Ça donne un petit air frais à la ville, comme après une pluie d’été. Cette façon de faire a une longue tradition. C’est le préfet de Paris Georges Eugène Haussmann, qui, au milieu du 19e siècle, a instauré cette pratique lors de ses grands travaux de réaménagement qui visaient, entre autres, à assainir la ville.
En Allemagne, on brosse, on balaie les rues, mais on ne les lave pas à l’eau. D’ailleurs, les services municipaux de Berlin nous ont expliqué que l’utilisation de jets d’eau à haute pression serait une bien mauvaise idée, vu que les trottoirs, comme dans beaucoup de villes allemandes, sont couverts de dalles posées à même le sable. Un jet d’eau à haute pression ferait juste remonter le sable entre les interstices, déstabiliserait le trottoir et, par la même occasion, le salirait.
Un magazine de Claire Doutriaux
Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.







Envoyer à un ami




















RSS
Facebook
Twitter