La plupart des langues utilisent des signes graphiques particuliers pour préciser ou modifier la prononciation d'une consonne ou d'une voyelle. Le français est particulièrement riche en signes graphiques : il y a les accents : accent aigu dans béton, accent grave dans père, et accent circonflexe dans fête ; il y a la cédille comme dans français, et il y a le TRÉMA comme dans Noël.L'allemand n'a que son UMLAUT, par exemple dans König. Les grammairiens français traduisent Umlaut par "inflexion". Dans un texte imprimé, tréma et Umlaut ont aujourd'hui le même aspect : deux points au-dessus d'une voyelle. Or, les deux signes sont très différents, non seulement par leur fonction, mais initialement aussi par leur forme.
L'Umlaut allemand signale l'inflexion d'une voyelle. Je m'explique : on distingue en allemand les voyelles graves -u-, -o- -a- des voyelles claires -e- et -i-. Si nous alignons ces cinq voyelles en allant de la plus grave à la plus claire, nous obtenons la série -u -o -a -e -i-. Dans la langue parlée, une voyelle grave peut s'infléchir "vers le haut", c'est-à-dire devenir plus claire, quand elle est suivie d'une voyelle claire. Ainsi, un -a- suivi d'un -e- devient ae , de la même façon que -o- devient -oe- et -u- devient -ue-. Pour matérialiser ce changement de timbre, on apposait donc autrefois un -e- à la voyelle concernée. Dans certains noms propres : Goethe ou Maeterlinck, on trouve d'ailleurs toujours ce -e- postposé.Peu à peu, ce -e- est venu se poser sur la voyelle à infléchir, ce que l'on peut encore trouver dans des livres du début du 20e siècle. Mais attention, à l'époque le -e- allemand ne s'écrivait pas comme maintenant. On écrivait en gothique, le -e- s'écrivait comme ça. Avec le passage à l'écriture en lettres latines, ce -e- gothique s'est réduit à deux traits verticaux. Quand les machines à écrire furent créées, elles ne s'embarrassèrent pas de ces détails spécifiques à la langue allemande et pour simplifier, les traits verticaux furent remplacés par deux points, ceux justement du tréma !
Or, le tréma est tout autre chose ! le mot vient du grec trema, trematos, qui signifiait trou, orifice, mais dès l'antiquité, le mot désignait aussi les points sur le dé à jouer, sans doute parce qu'ils furent d'abord des creux. Quand, dans la langue française, le -y- s'est massivement transformé en -i-, il fallait un signe pour empêcher que -oy- comme dans oyez ne se prononce -oi- comme dans le mot oie. Les imprimeurs français de la Renaissance empruntèrent donc au grec l'expression "points tremaz", avec le sens de "signe de deux points placé sur une voyelle afin de l'isoler". Ainsi "mais" se distingue de "maïs", le "mois" de "Moïse" etc.Avec la standardisation des claviers d'ordinateurs, l'avenir de tous ces signes graphiques est pour le moins incertain. Les Allemands en tout cas pourront toujours revenir au -e- postposé pour remplacer l'Umlaut. Ils le font déjà, d'ailleurs. Ainsi, vous ne ferez jamais de faute d’orthographe en écrivant König, le roi, Koenig.







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