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Un magazine de Claire Doutriaux

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Emission du 10 septembre 2006 - 10/09/06

le style : Biedermeier

Biedermeier


Bien peu de Français savent ce qu’est le style Biedermeier, un style qui a profondément marqué l’Allemagne et l’Autriche du 19ième siècle. Hajo Kruse nous invite à en découvrir les origines.

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biedermeier1.jpg.imageDataVoici un intérieur allemand, ce pourrait être celui d’un cadre ou d’un professeur. Il y a une jolie table ronde ou ovale, entourée d’élégantes chaises. Quelques meubles raffinés comme ceux-ci, un canapé aux formes courbes recouvert d’un joli velours rouge invite à la détente, et sur les murs, notre professeur a accroché quelques tableaux hérités de sa grand-mère. Vous connaissez ce style ? C’est un style que beaucoup d’Allemands apprécient pour aménager leur petit chez soi et ça s’appelle : le style Biedermeier.

biedermeier3.jpg.imageDataQuand y a-t-il eu chez vous un roi ou un empereur Biedermeier ? va demander un Français quelque peu étonné. Il est habitué, lui, à voir dans les salons français toutes sortes de meubles Henri quelque chose, Louis un tel ou un tel, Restauration, Empire, ou Napoléon III, des meubles dont le style porte toujours le nom du monarque ou du régime en cours à Versailles ou Paris. Les Français ont un faible pour ça. Non, il n’y a jamais eu de roi ou d’empereur Biedermeier. En 1853, deux écrivains viennois, Adolf Kussmaul et Ludwig Eichrodt décident de créer un personnage dont ils vont s’amuser à raconter la vie. Ce héros, un instituteur provincial, ils l’affublent du nom de Wieland Gottlieb Biedermeier. Et Biedermeier, en allemand, ça sonne un peu ridicule.

biedermeier2.jpg.imageDataD’un côté : "bieder". Bieder était à l’origine un mot positif qui signifiait : utile, vertueux, brave ou encore courageux, mais il est devenu au cours des siècles synonyme de petit bourgeois et même carrément de ringard. Et de l’autre Meier, un nom tout sauf majestueux : c’est le patronyme le plus usité en Allemagne ou en Autriche, le Dupont local… Comme son nom l’indiquait, ce pauvre Biedermeier était un beauf uniquement préoccupé de son petit bonheur à lui, son tout petit bonheur privé. Avec cette parodie, les humoristes viennois voulaient décrire l’état d’esprit d’une époque, celle qui dura de 1815 à 1848. Au lendemain des guerres napoléoniennes, le Prince de Metternich impose un régime réactionnaire à l’Autriche, la liberté de parole est bridée et la bourgeoisie perd toute influence sur les affaires de l’État. Déçue, elle se replie dans la sphère privée, à la recherche de son petit confort. On chante, on joue de la musique de chambre, on peint, on lit, enfin monsieur lit et madame brode, on aime s’inviter pour passer la soirée à deviser et parfois on organise des fêtes champêtres.

Naturellement, les peintres peignent avec prédilection des paysages, délicats ou "wildromantisch", au romantisme exacerbé, des portraits, des natures mortes, des idylles familiales ou des petites scènes d’intérieur. Un état d’esprit que l’on retrouve dans l’aménagement intérieur. Le mobilier frappe par ses formes fonctionnelles et délicates à la fois, ses lignes claires, ses courbes élégantes et la finesse du travail artisanal. Les tissus d’ameublement sont raffinés, fleuris ou rayés. Tout cela confère, dans la première moitié du 19ième siècle, un aspect à la fois confortable, chaleureux et élégant aux salons de la bourgeoisie des pays de langue allemande. Mais en 1948, une nouvelle révolution éclate à Paris qui n’épargnera ni Vienne ni Berlin. Metternich démissionne et fuit. Voilà qui sonne la fin du Biedermeier, d’une époque que beaucoup d’Allemands et d’Autrichiens appellent encore avec une pointe de nostalgie "die gute alte Zeit", "le bon vieux temps". Un bon vieux temps qui n’est toutefois pas totalement révolu, comme on peut le voir…

Edité le : 06-09-06
Dernière mise à jour le : 18-03-11


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