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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 10 avril 2005 - 10/04/05

le symbole : Marianne

Marianne


Jeanne Desto qui a grandi entre la France et l’Allemagne, raconte aujourd’hui à nos amis allemands les aventures de notre symbole national, Marianne.


 "Mon nom, à moi, c’est Marianne
Un nom connu dans l’univers ;
Car, j’aime à porter, d’un air crâne,
Mon bonnet rouge de travers ;
Et, du peuple, robuste fille,
Au jour des fiers enivrements,
Je veux, au grand soleil qui brille,
Avoir des mâles pour amants !"


La chanson date de la fin du 19ième siècle, mais tout y est, de notre Marianne nationale. Marianne, une création de la Révolution française qui aimait la symbolique gréco-romaine : en 1792, on déclara que, dorénavant, "le sceau de l’État porterait pour type la France, sous les traits d’une femme vêtue à l’antique, debout, tenant de la main droite une pique surmontée d’un bonnet phrygien, la gauche appuyée sur un faisceau d’armes." Avec le temps, le bonnet est passé de la pique à la tête. Un bonnet phrygien, comme les bonnets rouges que portaient les esclaves affranchis, un bonnet que l’on dit originaire de Phrygie, une région longtemps maintenue en servitude.

A l’origine, Marianne incarnait donc la Liberté. Pour le prénom, on ne sait pas trop : Marianne, Marie-Anne, un prénom populaire qui viendrait soit d’une chanteuse de l’époque, soit d’une chanson patriotique occitane. Depuis la Révolution française, un jour, elle incarne l’ordre, l’autre la révolte. Drôle de fille, à la fois fougueuse et nourricière. Capable de plaire à droite comme à gauche. Monnaie courante ou timbre poste, statue ou tableau, mère patrie et fille du peuple. De Gaulle disait que la France, avec ses 36 000 villages et ses 365 fromages était ingouvernable. Marianne, elle, a réussi à se faire adopter par presque tout le monde.

Marianne est donc une femme, et une femme au buste bien roulé. Ces Messieurs de la Troisième République, qui ont truffé le pays de bustes de Marianne, ne voulaient pas d’une République famélique. Plutôt sérieuse et maternelle. Même quand Marianne est faite en série, sa poitrine est lourde de sens : opulente, elle symbolise la générosité. Dévoilée, l’émancipation. Doublement dévoilée, l’égalité. En cotte de maille, la République en arme. En 1940, le Maréchal Pétain, pas très gaulois, et pas républicain du tout, préfère la mettre au placard pour quelques années. Depuis, plus personne ne la conteste, Marianne, incarnation à la fois de la liberté, de la République et de la France.

Il est de tradition que la Marianne dessinée sur les timbres poste change à chaque nouvelle présidence. La dernière Marianne en date est une Marianne stylisée en forme de fleur dessinée par Thierry Lamouche. Elle est devenue une véritable star, Marianne. Depuis que Brigitte Bardot lui a prêté ses traits, on a eu droit à Mireille Mathieu, Michèle Morgan, Catherine Deneuve, Inès de la Fressange, Laetitia Casta et j’en passe…Des actrices, des chanteuses, des top-models… Ce sont les maires, enfin une certaine partie des maires de France, qui choisissent les Mariannes. Dernière en date, une animatrice de télévision. On peut difficilement tomber plus bas… Ils auraient quand même pu choisir Claudie Haigneré, une scientifique bardée de diplômes, la première femme astronaute de l’histoire de France. Enfin, ce n’est visiblement pas la conception que ces messieurs se font de la république.
Texte : Pierre-Olivier François
Image : Claire Doutriaux

Edité le : 31-03-05
Dernière mise à jour le : 10-09-09


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