Dans l’hémicycle du Bundestag, le parlement allemand, tous les regards convergent vers lui. Il est gigantesque, imposant, un peu dodu aussi : l’aigle, et plus exactement, le Bundesadler, l’aigle fédéral. Des aigles, on en retrouve un peu partout en Allemagne :- sur l’étendard du président de la République fédérale,
- sur les anciens billets de 100 DM et maintenant sur les pièces d’un Euro,
- sur les timbres poste,
- sur les maillots de foot,
- ou même parfois, directement sur la peau des supporters.
L’histoire de cet aigle remonte au tout début de la culture humaine. Symbole du soleil, symbole de puissance et d’immortalité, l’aigle était déjà vénéré dans les cultures orientales tout comme chez les Grecs et les Romains où il symbolisait l’empire romain. Le Dieu suprême des Germains, Odin, s’incarnait lui aussi volontiers en aigle. En l’an 800, Charlemagne va choisir le symbole de l’empire romain, l’aigle pour incarner l’immense empire qu’il a conquis de haute lutte, et qui va devenir le Saint Empire romain germanique. Vous voyez ici l’aigle sur la partie droite de sa tunique. Au Moyen-âge, pendant les croisades, on reconnaîtra les croisés germaniques à cet aigle qui orne leurs étendards et leurs boucliers. Le symbole s’impose. Au 12ième siècle, on lui ajoute une épée à la patte droite, et un sceptre, ou un globe crucifère, à la patte gauche. Au 15ième siècle, il devient bicéphale, à l’image du roi ET empereur. Deux têtes qui surveillent attentivement les pays slaves comme l’occident.
…Et pourtant"Un aigle de France s’éleva – coucou, dans les plumes de l’empereur romain il vola – coucou", dit une chanson de 1800. Jeune et toutes griffes dehors, un autre aigle s’est en effet levé à l’Ouest. Napoléon va fondre sur l’empire romain germanique et l’achever d’un coup de bec. Mais l’aigle allemand, tel un phénix, renaît de ses cendres et tout au long du 19ième siècle, il sera de tous les combats pour l’unification allemande. Bismarck qui réalise cette unité choisira définitivement comme symbole national l’aigle à une tête, auquel il ajoute toutefois les symboles de la monarchie prussienne : une couronne, une chaîne, un bouclier. Après la guerre 14-18, la République de Weimar le fait redessiner par Tobias Schwab : un aigle dénudé de ses symboles monarchiques auquel de surcroît la crise économique fait perdre bien des plumes : on l’appelle alors "Pleitegeier", "vautour de faillite". Hitler, en le posant sur sa croix gammée, lui étend les ailes à l’image de ses idées expansionnistes. Ce symbole représente l’unité voulue par le Führer entre l’État : l’aigle et le parti : la croix gammée. Cet aigle aux allures martiales a la tête tournée à droite toute. On le retrouve partout, sur les casquettes et les tampons, l’aigle du IIIième Reich prend une ampleur et une présence inégalées jusqu’alors.
La toute nouvelle république fédérale reprendra en 1950 l’aigle comme emblème. En voici la description officielle : "l’emblème fédéral figure, sur un fond jaune d’or, un aigle noir monocéphale, la tête tournée vers la droite, les ailes déployées mais les plumes resserrées, le bec, la langue et les griffes de couleur rouge." Un aigle qui rappelle volontairement celui de la république de Weimar. Et en 1953, le sculpteur Ludwig Gies crée pour le bâtiment du Parlement à Bonn un immense aigle en plâtre aux formes un peu plus rondes. Un aigle qui a survécu à la réunification de l’Allemagne et qui, bien sûr, a suivi le déménagement de la capitale à Berlin en 1999. Et savez-vous comment les Allemands le surnomment, cet aigle ? "die fette Henne", la grosse poule. L’aigle s’est apaisé…







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