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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 25 Janvier 2009 > le tableau : La Liberté guidant le peuple de E. Delacroix

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Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 25 janvier 2009 - 25/01/09

le tableau : La Liberté guidant le peuple de E. Delacroix

Jeanne Desto nous propose maintenant de nous pencher avec elle sur l’un des tableaux français les plus célèbres.

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Regardez ces images. Il y en a tellement ! Des timbres, des unes de journaux, de magazines qu’ils soient français ou étrangers, des caricatures, des publicités, une pochette de disque et symbole des symboles, le fameux billet de 100 francs qui aura marqué toute une génération. Ce motif, le monde entier le connaît même si tous ne mettent peut-être pas un nom sur le tableau et son auteur. Peut-on dire que c’est le tableau français le plus célèbre ?

Il s’agit donc de la Liberté guidant le peuple peint à l’automne 1830 par Eugène Delacroix. Le tableau est l’un des gloires du musée du Louvre à Paris. Revenons un instant sur le contexte historique : Nous sommes en 1830. Charles X est au pouvoir. La situation économique de la France est mauvaise. Les bourgeois et le peuple sont mécontents. Mais le roi supporte mal de se faire chahuter par les députés et, le 25 juillet 1830, il promulgue 4 ordonnances qui, entre autres, doivent dissoudre la chambre des députés et censurer la presse. La révolte est immédiate à la chambre, dans la presse et dans la rue. Des barricades sont érigées, des combats sanglants ont lieu dans les rues de Paris. Cette insurrection va durer 3 jours, les 26, 27 et 28 juillet, 3 jours qui entreront dans l’histoire comme les 3 glorieuses. Car, enfin, le 28 juillet, le Peuple gagne. Le drapeau tricolore, symbole de la grande Révolution de 1789, est hissé sur les tours de Notre-Dame, Charles X tombe et avec l’avènement de Louis-Philippe, souverain libéral ami des artistes, une monarchie constitutionnelle, respectueuse du Parlement, s’installe en France pour de longues années. Reste que l’insurrection aura été très violente et aura fait des milliers de morts dans les deux camps.

En 1830, Eugène Delacroix a 32 ans et il a déjà acquis une grande renommée. C’est un homme complexe, conscient de son talent. Sur le plan politique, il regrette Napoléon Bonaparte. On ne peut donc certes pas dire qu’il soit un militant pour la souveraineté du peuple et pourtant, il semble que, bien que ces combats de rue l’aient fort effrayé, il ait néanmoins été profondément touché par la violente aspiration à la liberté du peuple, bourgeois, étudiants et ouvriers confondus. Il se met aussitôt au travail. Ce sera une grande toile : 2m60 de hauteur sur 3m25 de large. Dans une lettre à son frère, il écrit : "J’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrais-je pour elle. Cela m’a remis en belle humeur". À côté de cette volonté de témoigner de l’histoire récente, les historiens d’art s’accordent à penser que, dans le choix de son sujet, Delacroix est aussi guidé par son souci de plaire au nouveau souverain, à Louis-Philippe. Mais ne soyons pas mesquins.

Regardons-le, ce tableau monumental. Une barricade, donc. La première chose qui frappe, c’est bien sûr l’immense figure féminine au centre du tableau avec sa poitrine dénudée, son drapeau et sa baïonnette. Nous y reviendrons. Regardons d’abord les combattants : au premier plan, on distingue des enchevêtrements de corps, les cadavres gisent, qu’il s’agisse de soldats … ou d’insurgés. Au deuxième plan, les insurgés forment un front. D’aucuns ont voulu reconnaître Delacroix lui-même dans l’homme au chapeau haut-de-forme. Mais non, cet homme symbolise l’homme lettré, tout comme l’homme au béret symbolise l’ouvrier, et l’homme ou la femme vêtue de bleu, blanc, rouge, probablement en train de mourir, le regard tourné vers la Liberté symbolise le peuple souffrant. Quant à ce gamin révolutionnaire, il représente l’avenir, bien sûr. Ce gamin de Paris impressionnera tellement Victor Hugo une trentaine d’années plus tard qu’il en fera, sous le nom de Gavroche, l’un des personnages tutélaires de son immense œuvre, Les Misérables. Et donc, au centre de cette composition pyramidale, surdimensionnée, surplombant l’ensemble, se détachant sur un nuage de poudre qui éclipse le ciel, une figure qui paraît irréelle, la Liberté. Elle est vêtue à l’antique. Son visage pourrait être celui d’une monnaie ancienne et elle est coiffée de ce bonnet phrygien dont la Révolution française avait fait l’un de ses symboles. Elle guide le peuple brandissant le drapeau républicain dans la main droite, ce drapeau que Delacroix avait vu flotter sur les tours de Notre-Dame que l’on distingue ici. Mais le chemin de la Liberté passe par le sang comme nous le montre le fusil à baïonnette qu’elle tient dans sa main gauche.

Exposé au salon de 1831, le tableau est acheté par le nouveau souverain qui aura d’ailleurs très vite peur de sa possible influence sur le peuple et le fera mettre dans les réserves de l’État. À partir de 1855, le tableau réapparaît sporadiquement mais il faut attendre 1874 pour qu’il soit définitivement exposé au Louvre. Alors, pourquoi ce tableau a-t-il eu un tel impact ? Pourquoi s’est-il imposé, échappant à son créateur pour devenir une oeuvre universelle, un symbole de l’histoire de France ? Tout d’abord, c’est l’œuvre d’un peintre puissant qui, grâce à la liberté de son geste et de sa touche, crée le mouvement : nous sommes dans la rue, nous vivons la révolte avec les insurgés, nous sommes dans leur mouvement, dans la violence et la chaleur de l’action. Ce maître de la couleur, par son choix de tons ici volontairement assourdis, nous met au centre de la confusion propre à la situation insurrectionnelle. Nous sommes engagés dans l’élan romantique de la révolution en train de se faire, mais elle se fait avec un grand réalisme dans la description des détails, dans la façon de rendre la peau, par exemple. Et au milieu de ce réalisme, une allégorie, c’est-à-dire une figure symbolique place la scène dans un temps universel, dans une histoire universelle. Mais, et c’est là tout le talent de Delacroix, cette figure allégorique est charnelle, c’est une femme, une femme puissante et troublante. Il y a de la part de Delacroix une grande audace dans ce mélange du réalisme et de l’allégorique.

Les Français, peuple si fier d’être, d’avoir été 'révolutionnaire' se sont tout bonnement approprié La Liberté guidant le peuple. C’est leur icône. Elle leur appartient, symbolisant le meilleur d’eux-mêmes.

Texte : Jeanne Desto & Emilie Daniel & Christian Henry
Image : Claire Doutriaux & Arnaud Lamborion & Claude Delafosse



le tableau : La Liberté guidant le peuple de E. Delacroix est disponible sur le DVD 7

Edité le : 23-01-09
Dernière mise à jour le : 16-05-12


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