- Un forum au sujet du phénomène de l’école buissonnière a été mis en place le 7 septembre. Serge Boimare a répondu pendant la diffusion de la soirée thema « A l'école ? - Non merci » aux questions des internautes.
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Serge Boimare est psychopédagogue et directeur pédagogique du Centre Claude Bernard à Paris. Il est l’auteur du livre « L’enfant et la peur d’apprendre » paru aux éditions Dunod (2004).
- Lisez ici une interview de Heinrich Ricking, enseignant dans une école pour enfants en échec scolaire et professeur à l’université de Oldenburg en Allemagne
Interview de Heinrich Ricking
Quand un enfant refuse d’aller à l’école, c’est comme s’il appelait ses parents et ses enseignants au secours ; pourquoi cet appel n’est-il pas entendu à temps ?
Beaucoup de choses dépendent de l’attitude des adultes, de leur aptitude à déceler le problème et à trouver une solution. Pour ce qui est des parents, je pars du principe que la plupart d’entre eux souhaitent que leurs enfants reçoivent une bonne formation scolaire et qu’ils sont prêts à faire ce qu’il faut. Mais évidemment il y en a quelques-uns qui connaissent eux-mêmes de graves problèmes qui peuvent être liés à leur santé, à leur situation sociale ou autres. Ces parents-là ne sont pas en état d’aider leurs enfants dans leur scolarité.
En ce qui concerne les enseignants, il faut bien dire qu’en général ils ne se soucient que des enfants présents devant eux, considérant que les absents ne relèvent pas de leur compétence. L’absentéisme n’est donc pas considéré comme un problème inhérent à l’école. Or c’est précisément aux enseignants qu’on doit en appeler : ils peuvent contribuer à évaluer la situation, autrement dit à établir le diagnostic, et en présence d’un comportement problématique de cet ordre, ils doivent prévenir et intervenir.
Comment les parents et les enseignants peuvent-ils reconnaître, avant qu’il ne soit trop tard, qu’un enfant court un risque ?
Heureusement, l’absentéisme scolaire n’est pas très fréquent dans le primaire. Il augmente par la suite. Le pourcentage croît sensiblement dans le premier cycle du secondaire. C’est aussi un phénomène de développement mental. Plus un élève est autonome, plus il prend de l’audace. Il faut savoir déceler les premiers symptômes qui peuvent apparaître dès les petites classes et au plus tard en sixième. Ces signes avant-coureurs peuvent être une insatisfaction générale au niveau de la scolarité, des conflits fréquents avec les camarades d’école et le corps enseignant, des retards, des absences prolongées à la faveur de maladies bénignes, lorsqu’un enfant reste par exemple trois mois à la maison pour cause de grippe. De tels signes doivent absolument être pris au sérieux. L’enseignant concerné doit s’enquérir auprès de l’élève lui-même ou auprès de ses parents.
Que peuvent entreprendre les parents et les enseignants lorsqu’ils remarquent qu’un enfant sèche les cours, et cela pas seulement de façon sporadique ?
Vous avez nommé les deux instances les plus importantes, l’école et les parents. Il est essentiel que ces deux référents coopèrent, en premier lieu les parents et le professeur principal. Ils doivent savoir les uns des autres comment ils travaillent, comment ils communiquent avec l’enfant de sorte que celui-ci ne puisse en cas d’absence faire jouer une instance contre l’autre. Si l’information passe bien entre les parents et les enseignants, s’ils se mettent mutuellement au courant des problèmes qu’ils rencontrent, alors nous aurons créé une base de travail efficace, nous aurons fait de la prévention, voire empêché que la situation n’empire.
Les enseignants se plaignent souvent de ne pas disposer de suffisamment de temps pour s’occuper de chaque enfant et qu’ainsi il se peut que l’un ou l’autre échappe à leur surveillance. Que faudrait-il changer au système scolaire pour maîtriser ce problème ?
En effet, c’est un problème. L’enseignement ne prévoit pas d’entretiens entre les élèves et leurs professeurs et nous nous trouvons bien là devant un problème fondamental. Nous savons que les élèves qui ont de bons rapports avec leurs professeurs manquent beaucoup moins que ceux dont les rapports aux enseignants sont conflictuels. C’est pourquoi je partirais volontiers d’un autre point de vue, je ne commencerais pas forcément par une approche globale du système scolaire mais en posant la question suivante : « Que se passe-t-il à l’école ? » Et tant pour ce qui est de la prévention que de l’intervention, il importe que la direction de l’établissement soit ouverte au problème, qu’elle soutienne les enseignants qui s’engagent en faveur de la présence des élèves à leurs cours – qu’elle ne considère pas l’absentéisme que sous son aspect juridique et ne réagisse pas qu’en allant porter plainte auprès des autorités compétentes pour leur demander d’infliger une amende. Il est important aussi que les enseignants enregistrent les absences, sachent quels sont les élèves qui manquent, combien de temps, quels cours, quels jours de la semaine ils manquent, etc. Les signes avant-coureurs dont nous avons déjà parlé sont primordiaux. Les professeurs ne devraient pas attendre avant d’agir, il ne faut pas rester dix jours sans rien faire mais entreprendre immédiatement quelque chose. C’est essentiel du point de vue pédagogique mais aussi en termes de théorie cognitive. La relation enseignant-élève, c’est-à-dire la qualité didactique du cours joue également un rôle éminent. Lorsqu’on demande à un élève pourquoi il « sèche », c’est le plus souvent l’école qu’il pointe du doigt : il s’ennuie, les sujets ne l’intéressent pas, la façon de les traiter ne l’accrochent pas.
Et que doit-on attendre de la part des parents ?
Ils doivent soutenir les enfants dans leur activité scolaire, se montrer attentifs, les questionner, les aider à trouver des solutions à leurs problèmes ; ce n’est pas toujours facile, mais ils doivent manifester leur intérêt lorsqu’un problème surgit. Il faut aussi qu’ils surveillent leur enfant. Evidemment, cela dépend de son âge. Le problème, c’est que souvent les adolescents, dès 12, 13, 14 ans, échappent à l’emprise parentale. Ils s’en éloignent, se rapprochent de leurs camarades, de leurs copains, ne sont plus que rarement à la maison ; des groupes d’enfants de même âge qui sèchent l’école exercent une fonction de catalyseur, ils amplifient le phénomène. L’école buissonnière est souvent un sport d’équipe…
Monsieur Ricking, je vous remercie.
Propos recueillis par Angelika Schindler.

Graphisme de Stella Rieck, en classe 9b au Gymnasium Hohenbaden.
Image de Felix Bahret, en classe 9b au Gymnasium Hohenbaden.








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