Au fur et à mesure des années, et de fait assez vite, le cinéaste va reconquérir son pouvoir, s’affranchir un peu plus des obstacles de production malgré certains échecs relatifs et surtout aller toujours un cran plus loin dans son exploration des tréfonds très sombres de l’âme humaine malgré la censure. Là il va aborder des thèmes très modernes pour l’époque : l’inconscient (le rêve..), les peurs et les pulsions, la sexualité. C’est un des premiers à montrer (et à démontrer) au cinéma que la peur et l'angoisse sont des fantasmes universels. Ces films deviennent de plus en plus noir et chemin faisant il affirme un postulat aussi vrai que perturbant : le public aime souffrir ! À partir de son arrivée aux USA, une violence indicible remonte lentement à la surface film après film, en crescendo jusqu’à Frenzy, sur un serial killer excentrique, un retour aux sources en Angleterre produit par la Warner.
Petite mosaïque chronologique de la promenade américaine de maître Hitchcock dans les profondeurs de l’inconscient…
- « Rebecca » en 1940, un mélodrame gothique sur une jeune mariée confrontée à l’ombre inquiétante d’une morte et d’une gouvernante prédatrice, et « Soupçons » en 1941 se passent tout deux dans l’imaginaire effrayant car effrayé de deux jeunes femmes naïves jouées par une seule actrice, Joan Fontaine.
- Hitchcock a reconnu que « L'Ombre d'un doute » était son film préféré (1943). Pourquoi ? Peut-être parce que suivant le principe qu’il a souvent énoncé : « plus le méchant est réussi plus le film est réussi. » Dans le livre d’entretien « Hitchcock / François Truffaut » voilà comment il évoque ce meurtrier : « Charlie Oakley est un assassin idéaliste. Il fait partie de ces tueurs qui sentent en eux une mission de destruction. Peut-être les veuves méritaient-elles ce qui leur est arrivé, mais ça n'était pas son boulot de le faire. Un jugement moral est porté dans le film, n'est-ce pas, puisque Cotten est détruit à la fin, même accidentellement, par sa nièce ? Cela revient à dire que tous les méchants ne sont pas noirs et que tous les héros ne sont pas blancs. Il y a des gris partout. L'oncle Charlie aimait beaucoup sa nièce mais toutefois pas autant qu'elle l'aimait. Mais elle a dû le détruire car n'oublions pas qu'Oscar Wilde a dit : « On tue ce que l'on aime. »
Charlie (joué par Joseph Cotten) : « Vraiment ? »
- Dans « La Maison du docteur Edwardes » (1945), Hitchcock évoque la psychanalyse à travers le chemin de croix d’un amnésique qui se croit docteur en proie à d’horribles hallucinations... Le rêve sublime imaginé par Salvador Dali pour le film :
- « La Corde » tourné en 1948 malgré une forme assez statique qu’on pourrait qualifier même de théâtrale, dérange par son histoire, celle de deux étudiants assassins par conviction (des précurseurs intellos des tueurs du« Funny Games » de Haneke en quelque sorte !). Le film a été interdit dans plusieurs régions des Etats-Unis ainsi qu’en France et en Italie, (ou bien a été « coupé » à la projection, par exemple pour la scène du meurtre). Adapté du premier roman de Patricia Highsmith « L’Inconnu du Nord-Express », en 1951 a échappé de peu au même sort malgré des plaintes sur les connotations sexuelles. Dans « Fenêtre sur cour » en 1954, le voyeurisme est au coeur de l’intrigue. Quant à « Mais qui a tué Harry ? » en 1955, le film à l’humour très noir se base d’une idée étonnante : « qui dit mort, dit forcément un meurtre ».
- « Sueurs froides » (1958), peut-être le chef d’œuvre absolu du cinéaste se constitue en apparence d’une enquête mais en profondeur selon Hitchcock le film raconte « une histoire d'amour au climat étrange ». Là, à travers l’histoire d’un homme aime une morte, il déconstruit l’idée de vertige et de destin jusqu’à faire mourir deux fois son héroïne… La bande annonce de « Vertigo » :
- Dans « La Mort aux Trousses » en 1959 Hitchcock s’attaque à une peur assez commune : « être au mauvais moment au mauvais endroit » avec les mésaventures d’un homme (Cary Grant) qu’on veut tuer car on le prend pour un autre. Il fait courir son héros jusqu’à nous rendre agoraphobe, avec une vraie du vide encore (celui d’une montagne, d’une forêt ou d’un champ de maïs). Ici Hitchcock vous propose un petit voyage à travers les USA avec la bande annonce du film :
- « Psychose » 1960 et son anti-héros, l’inquiétant (et très névrosé Norman Bates) : est-il besoin dans dire plus ? Pour mémoire, la scène de la douche, virtuose en diable :
- Des « Oiseaux » en 1963, Hitchcock résume avec une sorte de cruauté lucide mais salutaire : «On pourrait dire que le thème des Oiseaux est l'excès d'autosatisfaction qu'on observe dans le monde : les gens sont inconscients des catastrophes qui nous menacent. » La magistrale scène de l’attaque des enfants par les oiseaux à la sortie de l’école (sans paroles). La bande-annonce (toujours pleine d’humour) des Oiseaux (sous-titrée en français) :
- Encore plus tordu : la scène de viol (conjugale) dans le très névrotique mais magnifique « Pas de printemps pour Marnie » en 1964 avec Sean Connery à contre emploi et toujours la sublime Tippi Hedren :
- Et pour finir « Frenzy » ou le meurtrier à la cravate en 1972. Voici la bande annonce où Hitchcock explique avec beaucoup de flegme et toujours avec un humour décapant en flottant dans la Tamise : « Une rivière peut être un endroit vraiment sinistre… »









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1 commentaire(s)
les oiseaux,la mort aux trousses,etc.. | lapich
22.10.2009 - 23h09
sublime,incontournable,le premier a crée le suspence(triller)et de loin le meilleur!
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