L’ombre du roi maudit
Dans les salons byzantins de Neuschwanstein, la grotte de Linderhof, les galeries de miroirs de Herrenchiemsee se déroule l’histoire d’un homme à la solitude prédestinée pendant que lui fait écho, du dehors, le bruit de l’histoire collective. Les dieux vacillent, un roi perd la raison, un rêve se brise… non sans avoir permis l’éclosion des plus grands opéras de Wagner. À voir les coupes abusives infligées au film lors de sa sortie, il semble que la malédiction du roi fou ait fait de l’ombre au film. Pas plus que Louis II ne put fuir sa destinée, Ludwig II n’échappa au saucissonnage. Après la mort de Visconti, Ruggero Mastroianni et Suso Cecchi d’Amico remonteront une version approchant des quatre heures et dix minutes d’origine. La version en deux parties élaborée par la ZDF permet d’en retrouver la beauté et la lenteur tragiques. Lenteur indispensable pour mesurer l’évolution intérieure du roi, magistralement interprété par Helmut Berger (le Martin von Essenbeck des Damnés), pour apprécier le talent de Romy Schneider qui quitte son rôle de Sissi d’opérette pour celui d’une reine wagnérienne, mélancolique et ambiguë. Beauté achevée par un Visconti parfaitement maître des moyens qu’il met en œuvre dans cette vaste méditation sur un univers qui s’écroule, sur le rôle de l’artiste, sur la liberté individuelle, la folie et la mort.
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