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Yakuza

Plongez dans l'univers des yakuzas, gangsters et acteurs d'un cinéma époustouflant !

> Yakuza Eiga, qu'est-ce que c'est ?

Yakuza

Plongez dans l'univers des yakuzas, gangsters et acteurs d'un cinéma époustouflant !

Yakuza

12/02/09

Yakuza Eiga, qu'est-ce que c'est ?

Eiga=cinéma


Au Japon, des milliers de films ont été produits sur huit décades autour du personnage du Yakuza. Un genre qui avait suppléé celui des SamouraÏs et autres Ronins (samouraïs sans maîtres), figures cependant avec lesquelles ils partagent le sens du code de l’honneur et l’image d’idéal de chevalerie.
Beaucoup de ces films sont tombés dans les oubliettes de l’histoire du cinéma. Tandis que d’autres sont devenus autant de classiques du 7ème art, à l ‘égal des westerns de Howard Hawks ou John Ford.
Tai Kato, Seijun Suzuki, Kinji Fukasaku et plus récemment Takeshi Kitano et Miike Takashi ont reçu les honneurs du public et de la critique, en devenant les auteurs essentiels d’un genre typiquement japonais.

Au Japon, les héros yakuza sont plus proches au départ de la figure de Robin des Bois. C’est à dire des gangsters qui combattent avant tout pour un code de l’honneur. Des voyous et des joueurs qui défendent les opprimés et les défavorisés. Au lieu de penser à faire fortune, ils se battent, eux, pour l’intégrité de leur territoire, et leur Oyabun (supérieur) en défendant leur fameux code d’honneur.
En se devant d’obéir aux règles de Jingi, proches des préceptes du confucianisme chinois. (Jin : humanité. Gi : honneur)
C’est dire l’importance que cette figure représente dans l’imaginaire comme dans le quotidien de la société japonaise.

  • Le studio TOEI, “Le Royaume des Yakuza”

    Le Studio de la TOEI est le premier grand studio japonais à se lancer dans la production de masse de films de yakuza, les « ninkyo eiga ». Il sera d’ailleurs accusé de glorifier le crime et ses pires éléments. Le studio se structure lui-même à la manière d’un gang. Avec ses oyabun (‘parrain’) et ses chinpira (apprentis).
    Dans les années 50, ils engagent un personnage trouble, Shindo Koji, qui a frayé avec les gangs et qui sait mieux que quiconque comment ils fonctionnent de l’intérieur.
    Shindo Koji va ainsi superviser lui-même la production de centaines de films en employant des gens du milieu qui se mélangent aux professionnels de l’industrie du cinéma. Shindo Koji fait même appel à un chef de gang, Noburo Ando, qu’il forme au métier d’acteur, et qui devient très vite une légende du cinéma de genre.
    Cet acteur qui se joint à de nouveaux jeunes premiers comme Ken Takakura (diplômé lui de la prestigieuse université de Meiji, il sera aussi choisi par Sidney Pollack pour faire face à Robert Mitchum dans son film Yakuza, rare tentative hollywoodienne d’apprivoisement du gangster japonais), ou encore Koji Tsuruta (ancien pilote de l’aviation impériale, qui a gardé lui-même des séquelles de ses blessures dans des rixes avec des gangs de rue) deviennent les idoles d’un jeune public mâle japonais, magnétisé par ces jeunes voyous de l’écran.

  • Les Années 70, et le style nihiliste ‘No Future !’

    De nombreux films de yakuza réalisés dans les seventies déroulent leurs intrigues au lendemain de la guerre. Avec leurs héros, anciens combattants désabusés par la défaite militaire et en rébellion avec toute forme d’autorité. Ces films fustigent la réussite économique qui ne profite pas à tout le monde.
    Le miracle économique japonais se construit en effet dans le dos de certaines classes populaires de la société. Ces nouveaux films évoquent aussi les guerres des gangs à l’écran qui apparaissent comme une parabole de la lutte économique que se livrent sans pitié les entreprises et les salariés entre eux. Les ‘salary men’ défendant becs et ongles leurs entreprises, à l’égal des yakuza leurs territoires !
    Ces films en scope dépeignent mieux que les films historiques ou dramatiques les mutations sociales de la société japonaise.
    Empreint d’un nihilisme rageur, noir et désespéré, les anti-héros des films de Kinji Fukasaku sont souvent des vrais gangsters qui débarquent sur les plateaux de tournage.
    Ces films conjuguent admirablement un style cinéma-vérité au souffle tragique du film noir.
    Combat sans code d’honneur, (1973) grand hit de la Toei est ainsi adapté de la bio de Kozo Mino, un caïd qui a combattu dans la Kure war, une des plus grandes guerres des gangs qui s’est déroulée à Hiroshima début des années 70.
    Autre figure mythique de cette époque, Seijun Suzuki, quant à lui, néglige superbement les conventions du genre. Cet anar au style débraillé préfère les héros solitaires associaux et cyniques.
    Les propos anti-américains et critiques de la politique d’aide américaine à la guerre du Vietnam viennent ponctuer les intrigues. Comme dans La Barrière de Chair. La violence des oeuvres de Suzuki, produites par l’autre grand studio de la Nikkatsu, est très chorégraphique, baroque et semi abstraite.
    Jim Jarmush rendra d’ailleurs un hommage à ce réalisateur culte en reprenant l’une des scènes de meurtres les plus inventives du cinéma dans son film Ghost Dog.


  • Déclin et renaissance d’un genre
    Après une période de déclin des films yakuza en salles dans les années 80, due à l’apparition de séries tv et de la vidéo, le genre renaît de ses cendres dans le début des années 90 avec de nouveaux auteurs. Lesquels revendiquent l’influence des films de Tarantino, en injectant de la comédie et une bonne dose de parodie dans un genre qui est alors désacralisé.
    En partie à la suite de deux lois qui viennent coup sur coup mettre à mal les agissements des yakusa dans la société civile et entamer les relations de ces derniers avec les autorités : la loi antigang de mars 1992, et la loi antiblanchiment de 1993.
    Du coup l’image des yakuza se ternie, et on n’hésite moins à les railler dans certains films. Dans L’avocate (Tricky master, 1992) Juzo Itami signe une comédie corrosive à l'encontre des yakuza où une avocate interprétée par la truculente Nobuko Miyamoto, et épouse d'Itami, ridiculise un groupe de clients yakuza au sein d’un hôtel.
    Le portrait de la communauté mafieuse est ici peu flatteuse et détonne dans un paysage cinématographique autrement plus glorieux à son égard : les yakuza y sont dépeints comme des hommes extrêmement mal habillés, ne pouvant s'exprimer qu'en hurlant.
    Le réalisateur continue dans ce film une exploration des petits travers de la société japonaise - au risque de sa propre vie…
    Son approche réaliste se voit en effet confirmée par son agression par couteau par des membres d'un clan après la sortie de son film. Défiguré, il survit de justesse à cette attaque, mais sera dès lors constamment mis sous pression par des yakuza sans doute pas très étrangers à son mystérieux suicide quelques années plus tard.

  • Kitano et Miike Takashi redonnent un nouveau souffle au cinéma Yakuza à partir du milieu des années 90.
    Kitano, s’attache lui aussi dès ses débuts à modifier le style des yakuzas. Dans Sonatine (1993), il les présente comme une société de survivants qui hantent des stations balnéaires, vêtus de chemises hawaïennes
    Avec un style immédiatement identifiable, fait d’accents de violence imprévisible et de performances-pantomine à la Buster Keaton il perpétue d’une certaine manière la tradition du théâtre kabuki, restreignant les dialogues au minimum et effaçant toute émotion visible.
    A l’égal d’un Eastwood, les films de Kitano parlent d’un monde crépusculaire qui a du mal à trouver ses marques dans la nouvelle société high-tech japonaise.
    Ses membres dans ses films, totalement dépressifs, vont jusqu’à se suicider, incapables de faire face à l’ennui métaphysique de ce nouveau monde.Chez Miike Takashi, les yakuza sont pour la plupart des psychopathes... Son style est fait d’un mélange de manga hyper violent et culture cyberpunk.
    Miike pousse les limites de la morale et de la culture.
    Ses yakuza se rebellent contre leur maîtres et agissent comme des chiens fous, sans gouvernails, isolés de leur gang et de la société.
    L’influence de Tarantino est présente dans ses délires graphiques et narratifs.
    Kitano et Miike rejettent ainsi tous les deux le style romantique du genre et la patte semi documentaire des films à la Fukasaku.
    En même temps qu’ils créent de nouveaux codes narratifs et visuels.

Yves Montmayeur

Edité le : 26-01-09
Dernière mise à jour le : 12-02-09