
(France, 2005, 1h34)
Avec Nordine B, Mohammed E, Philippe C, William M…
Une Coproduction Arte France
Synopsis : Ce documentaire est le fruit d’une expérience collective menée à la Prison des Baumettes de Marseille avec le concours d’un groupe de détenus motivés. Dans un studio, partie intégrante de l’infrastructure carcérale où figure une reconstitution à l’identique d’une cellule de 9m2, plusieurs groupes de deux détenus, équipés chacun d’une petite caméra DV, se filment eux-mêmes, afin de mettre en scène leur quotidien et d’apporter un regard aguerri sur un milieu volontiers sujet à la déformation médiatique.
Critique : L’effort participatif est indiscutablement le grand absent de la myriade de productions télévisuelles réalisées en France au sujet du milieu carcéral. Les documentaristes Joseph Césarini et Jimmy Glasberg se distinguent aujourd’hui en oeuvrant à une restitution du droit à la parole chez le détenu, pour mettre en avant une façon singulière de recueillir son témoignage. Le projet qu’est « 9m2 pour deux » n’a pas vocation à une récréation pour les détenus, mais vise à réaffirmer leurs devoirs autant que leurs droits pour commuer la peine en un effort réflexif doublé d’une implication de leur personne. De ce travail sur soi naît le retour au premier plan du prisonnier qui, ici en compagnie de l’un de ses pairs (les cellules des Baumettes sont en général partagées), mettra lui-même en scène son quotidien : ennui, soliloque, énervement, frustration, exaspération, difficulté de la cohabitation et surtout réflexion sur une « justice des pauvres ». L’application expéditive du code pénal est assurément le lot de ces personnes, majoritairement issues des milieux populaires et auteurs de délits courants, comme le vol ou le trafic de drogue.
Dans ce documentaire atypique, la nécessité de l’exutoire et la véracité du témoignage sont toutes deux consolidées par la distanciation que provoque chez les détenus l’aspect factice de la cellule recréée, qui concourt à favoriser le jeu au lieu de tomber dans l’impudeur. Parallèlement, l’obligation à improviser éradique le travestissement de la réalité, quand la prédilection à poursuivre une séquence, même anecdotique, jusqu’à ce qu’il se produise quelque chose de décisif, contribue à générer plusieurs moments forts. Au final, la succession de ces instants dit bien l’aliénation subie par ces personnes obligées à la répétition des mêmes gestes dans le même espace exiguë et austère, comme s’ils se retrouvaient tout de même dans cette usine sordide ou cette quelconque manufacture qu’ils ne voulaient justement pas intégrer, comme leurs proches, et dont l’envie forcenée d’y couper a provoqué justement ce basculement dans l’illégalité.
Julien Welter
-------------------
9m2 pour deux
Documentaire de Joseph Césarini et Jimmy Glasberg
(France, 2005, 1h34)
Avec Nordine B, Mohammed E, Philippe C, William M…
Une Coproduction Arte France
Sortie du 1er février 2006








Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter