
Un film de Krzysztof Kieslowski
(Pologne, France, 1991, 1h38)
Avec Irène Jacob, Aleksander Bardini, Halina Gryglaszewska...
Synopsis : Il y a 20 ans dans deux villes différentes (en France et en Pologne) naquirent deux petites filles pareilles. Elles n'ont rien en commun, ni père, ni mère, ni grands parents, et leurs familles ne se sont jamais connues. Pourtant elles sont identiques : toutes deux gauchères, aiment marcher les pieds nus, et le contact d'un anneau d'or sur leurs paupières. Et surtout, toutes deux ont une voix magnifique, sublime, un sens musical absolu, et la même malformation cardiaque difficilement détectable. L'une profitera des expériences et de la sagesse de l'autre sans le savoir. Comme si chaque fois que la première se blessait avec un objet la seconde évitait le contact de ce même objet. C'est une histoire d'amour, simple et émouvante. L'histoire d'une vie qui continue, quittant un être pour se perpétuer dans le corps et l'âme d'un autre être.
Critique : « La Double Vie de Véronique » est certainement l’un des plus beaux films de Krzysztof Kieslowski. Il est aussi l’un des plus emblématiques de son cinéma de la dernière période et des aspirations d’un auteur hors du commun disparu trop tôt, en pleine gloire. On a peut-être oublié aujourd’hui combien Kieslowski possédait une véritable « rage » de création comme en témoigne une filmographie longue de 23 longs métrages de fiction hormis la trentaine de documentaires réalisés. S’il s’est tout d’abord distingué dans les années 60 pour son observation minutieuse de la société polonaise et ne s’est jamais vraiment écarté de la critique sociale avant les années 90, certaines fictions déjà, comme « Le Hasard » (1981), annonçaient fortement l’approche jamais dénuée d’émotion, de ce cinéaste.Dix ans plus tard, dans la « Double Vie de Véronique » Kieslowski est toujours captivé par la dimension impalpable des événements, par les coïncidences qui lient le sens de la vie au domaine de la croyance tout en suggérant l’idée de préméditation, une sorte « fatum » de l’existence, aussi imparable que mystérieux. Cette obsession d’homme et d’artiste, Kieslowski la tient pour racine fondamentale de son expression, elle est la colonne vertébrale qui en réalité charpente son œuvre, aussi aléatoire qu’elle puisse apparaître à l’image. Elle est aussi sa première et grande leçon de cinéma. Ainsi, il est bien inutile de chercher dans « La Double Vie de Véronique » (ou dans d’autres films de Kieslowski), des réponses aux multiples fausses pistes que le cinéaste lance souvent avec humour et délectation, sans répondre autrement que sous forme d’un point d’interrogation.
Bien au contraire, il importe au spectateur de se libérer consciemment des choses et d’accepter devenir le jeu d’émotions pures, se laisser gagner, comme les personnages, par l’irréalité des situations qui fait naître la surprise. L’irréel a pour vocation première de permettre en définitive l’éclosion d’une sensualité hors norme, jamais plus tangible que lorsqu’elle est captée au travers d’une vulnérabilité implicite des visages et des corps de femmes, ceux d’Irène Jacob, Juliette Binoche ou Julie Delpy, en prise directe avec la volonté tenace de Kieslowski à dissoudre tout aspects concrets au profit d’une perte de repères systématique. Le cinéaste prolonge ou induit cette sensualité également à l’aide de tous les autres éléments mis à sa disposition : la lumière, attribut numéro un, le choix des couleurs photographiques des plans (le bleu, le vert, le rouge) pour lequel on aurait tort de voir uniquement de simples variations esthétisantes, mais aussi le son, crucial, souvent hors champ et parfois hors du temps, ainsi que la musique de Zbigniew Preisner (compagnon fidèle du cinéaste) donnant lieu à des évocations fantasmagoriques toujours saisissantes.
Ainsi Kieslowski était-il dans les années 90 le cinéaste qui défiait le plus évidemment toute forme d’interprétation cinématographique et son cinéma, par sa nature diffuse, vous attrapait violemment au col, si vous osiez vous y prêter. Il n’en demeure pas moins qu’une fois consommées, ces œuvres ne vous lâchent plus et, même en proie au doute de la considération que l’on veut bien leur accorder, persiste en vous, une petite musique (fait du hasard ?) qui vous ramène toujours, irrépressiblement, vers elles.Olivier Bombarda
Liens>> DoubleViedeVeronique.com
Un site entièrement consacré au film et au livre d'Alain Martin

LivreLa Double vie de Véronique, au cœur du film de Kieslowski
d'Alain Martin
Irenka/DoubleViedeVeronique.com (2006)









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