>>CD à gagner
Valse op. posth. En la mineur (intégrale) (Real Audio; 1’58")Être musicien aujourd’hui n’est pas une mince affaire. Il ne faut plus seulement savoir jouer et penser en musique ; il faut batailler avec les fantômes. Cortot, Lipati, Rubinstein, tous ont laissé quelque chose de leur présence singulière qui, aberration des temps modernes, entre en concurrence directe avec les plus jeunes d’entre nous . Si jouer est aujourd’hui si difficile, ce n’est pourtant pas en raison d’une concurrence entre interprètes, ni même d’une tradition difficile à dépasser ; simplement, l’éternelle présence des pères rend extrêmement difficile le meurtre symbolique que tout homme doit effectuer pour s’autoriser à vivre.
Tout cela pour dire que si l’auditeur trouve souvent plus d’originalité et de vie dans la voix des grands anciens, c’est qu’ils ont eu l’avantage de naître libre, à l’abri des morts. Et que ceux qui parviennent aujourd’hui à faire taire leur voix en osant parler à leur tour, ceux-là méritent d’être défendus avec la plus grande passion.
Alexandre Tharaud joue les Valses de Chopin avec cette sorte d’évidence qui vient lorsque l’on a su poser son désir. Désir de jouer sans doute, désir de parler, de chanter, de se laisser porter comme un enfant par le mouvement de ces valses et de rejouer pour soi seul ce petit quelque chose d’un temps que l’on trouvait simplement agréable.
La nostalgie, chez Chopin, n’est pas un simple cliché romantique. Il y a bien ici la trace d’une mélopée comme si la musique se substituait au récit pour mieux parler du pays perdu. Trouver dans cette œuvre à fleur de peau quelque chose d’intime suppose de pouvoir parler en son nom. Alexandre Tharaud y parvient au-delà de toute attente et cela suffit à rendre son disque indispensable.
Mathias Heizmann







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